Analyse spectrale de l'Occident : Fiodor Dostoievski
[Musique]
comme chaque samedi France Culture vous
prie d'écouter analy spectrale de
l'Occident aujourd'hui dostoyevski par
Stanislas
fumet avec le concours de Constantin
andronikov Dominique Arban Olivier
Clément
paimov Nina
gfinkeloris de et la VO de Ren
mar
Nile
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[Applaudissements]
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[Applaudissements]
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gveller
le nom de dostoyevski a été introduit en
France à la fin du siècle dernier par le
vicomte Eugène melkur de voget auteur du
roman russe
dostoyevski se présentait alors au
français comme un barbare génial doué
d'une puissance d'écrire indubitable
mais assez mal discipliné un peu ce que
tourgev le plus français des écrivains
russes pouvait penser d'un confrère
morose qu'il avait fini par Dét
mais turgev gentilhomme de lettres était
le plus bourgeois des grands écrivains
russes si je parle de l'introduction de
dostoyevski en France c'est pour une
raison bien simple il n'y avait pas
d'affinité native entre Fedor
michhailovic et un certain esprit
français qui régnait encore dans les
années 80 dostoyevski à volontier méd
des Français qu'il jugeaent dans leur
ensemble antipathique et ridicules il
montrait plutôt sévère pour nos
compatriotes qui ne connaissait au reste
que superficiellement car dostoyevski
n'avait fait que traverser la France en
1862 pour se rendre à Londres et son
cœur était archislavophile en ce
temps-là dans un second voyage l'année
suivante en 1863 il avait passé quelques
jours à Paris où il retrouvait à
polinaria souslofa une femme qu'ila aimé
la Pauline du
joueur mais les Français ne lui garde
pas rancune de son mépris que nous ne
demandons qu'à partager pour Bribri et
mabiche les protocoles du couple petit
bourgeois français qui n'ont de commun
avec le donjuant de Molière que sont
deux et deux font quatre un point c'est
tout et plus près de ce ganarel que de
donjuant le dogme de un sous est un S
dostoyevski n'a pas été au début mieux
compris en France que chez lui c'était
un criminologue morbide on se laissait
dire par les Russes amateurs d'
rétorique banale que dostoyevski
écrivait mal parce que le style de ses
romans est inimitable ce que la
traduction française ne laisse pas
toujours soupçonné et un grand
traducteur comme Boris de schlezer ne
manquera pas de le dire lui aussi le
romancier donnait à chacun de ces
personnages un langage approprié
commandé par une âme individuelle et une
culture spéciale or si un auteur a
trouvé en lui-même toutes les nombreuses
figures qu'il a peintes c'est bien
l'auteur de CRIM et Châ
des démons ou des Frères Karamazov mais
ce qui rattachait curieusement en sens
inverse dostoyevski à la France c'est
l'action qu'exercèrent sur lui des
écrivains de chez nous qui étaient loin
d'être de sa classe il avait lu Eugène
su comme tout le monde à son époque et
il rêvait de décrire les mystères de
Saint-Pétersbourg comme le français
l'avait fait pour les Mystères de Paris
plus tard il pensera au Candide de
Voltaire il l'a écrit avant de composer
l'idiot il aimait Jean-Jacques Rousseau
comme le lui reproche bilinski avec
lequel il se brouille après l'avoir
adoré dans sa jeunesse et à qui sa
réputation devait beaucoup dostoyevski
admirait balzak il avait traduit Eugénie
Grandet il mettait très haut Victor Hugo
et avait commencé pour se former par
dévorer les écrivains socialistes
français Fourier Saint-Simon Victor
Considérant Cabet proudon et sa
très-chère George Sande
enfin s'il avait imité Dickens comme
tant d'autres écrivains le firent
c'était pour le transplanter dans un sol
mystique car il y a toujours ce sol
mystique cette mer terre humide que
baisera alyocha karamasov à la façon des
paysanss Russes cette terre de la Sainte
Russie qui est un élément spirituel et
sensible à la fois un symbole
sacramentel si l'on veut ou plutôt une
analogie du sacramentel comme si pour le
peuple russe Jésus avait foulé ce sol
évangélique sur lequel aurait poussé par
miracle des icônes
sacrées en fait les Russes attendaient
le retour du Christ promis par les
évangiles et se persuadaent que le
second avènement aurait lieu chez eux en
terre russe il faut dire que le Christ
nous est un peu revenu sous une forme
russe grâce en partie au roman de
dostoyevski la compassion et la note que
cette littérature russe a fait entendre
au monde occidental et la conscience de
plusieurs en a reçu un choc parmi les
écrivains surtout notamment lorsque dans
Crime et Châtiment le livre qui fit
connaître en France le romancier Fedor
dostoyevski Sonia la petite prostituée
quasi sainte entame la lecture de
l'évangile de la résurrection de Lazar
pour nous autant que pour
Raskolnikov l'écrivain français qui a
peut-être été le plus remué par l'esprit
de compassion qui émane de l'œeuvre de
dooyevski et le pauvre Charles
Louis-Philippe qui a eu au début de
notre siècle une influence
incontestable sur quelques écrivains de
sa génération l'auteur de Bubu de
Montparnasse de Marie donadieux de
Charles Blanchard était devenu un
chrétien
dostoyevskien Claudel lui-même avait été
profondément frappé par le génie de
dostoyevski et il avait discerné chez le
romancier ce sens dramatique qui pour
Claudel était inséparable du sentiment
de la présence de Dieu le drame de
l'homme
disait-il André Gide a écrit un
dostoyevski mais alors on peut dire que
lui si perspicace comme critique
littéraire il a passé à côté du
dosoyevski authentique sans le voir
tellement il était occupé à chercher en
lui sa propre image on pourrait nommer
deux êtes au tendan plus contraire en
dépit des apparences que Gide qui ne
sort pas de lui-même et de
que tout repousse de lui-même pour
projeter au dehors ce flot de création
si généreuse qu'est son œuvre Nietzsche
quand il avait fait la trouvaille
forttuite d'un livre de dosoyevski que
nous traduisons à présent écrit dans un
sous-sol avait immédiatement saisi la
valeur de ce que lui apportait ce Russe
il est le seul déclarait-il qui m'ait
appris quelque chose en psychologie la
voix du sang comme on l'appelait
autrement se fit aussitôt entendre et ma
joie fut extrême
entre leurs deux génies il y a des
atomes crochus on sait que Freud a
reconnu dans le romancier russe un
précurseur de la science psychanalytique
il a vu dans la duplicité le double que
dostoyevski relève partout en lui-même
et dans les autres l'unité de la
personne et ses dislocations possibles
comme le dira paev dokimov mais et c'est
ce qu'à noté si justement le dernier
exégè Français de l'œuvre de dostoyevski
qui René Girard dans son petit livre de
la recherche de l'absolu dostoyevski du
double à
l'unité sociologues et psychologues les
premiers voulant parce qu'ils
reconnaissent dans l'idolâtrie
souterraine une forme de ce fétichisme
qui imprègne les structures social
dépassé par l'évolution historique
rendre compte de toutes les données
romanises des frères karamasov par le
fait qu'ils appartiennent à une société
féodale en pleine décomposition les
seconds les psychanalystes voulant faire
remonter cette C même idolâtrie au
conflit édypien n'ont qu'un tort c'est
de refermer brutalement le cercle de
leur description il ne connaissent dit
toujours René Girard qu'un étroit
secteur arbitraire découpé dans le réel
et ils veulent toujours déterminer les
causes au niveau des phénomènes
observés et bien ce ne sont pas les
Français qui nous ont amené à ce nouvel
éclairage des œuvres de dostoyevski des
Russes des philosophes russes nous ont
précédé dans cette investigation
aujourd'hui
dostoyevski nous apparaît clairement
comme le détecteur privilégié des
tendances secrètes de l'âme humaine et
il n'est plus seulement ici un
psychologue il est davantage il est ce
qu'on vu tour à tour mkovski berdev
schestov un pneumatologue une sorte de
Devin ou de prophète c'est dire qu'il
est passé du fond de la conscience
accessible au moraliste à ce sous-sol
qui n'est plus proprement du conscient
mais au lieu de s'incliner comme le fera
la psychanalyse matérialiste devant les
phénomènes de l'inconscient il les
examine à la lueur des yeux du Christ et
c'est ainsi qu'il découvre des pépites
d'or dans ce qui risque de nous répugier
qui est inférieur à la norme et natteint
pas un climat de grâce sensible mais
bénéficie des profondeurs de l'humilité
dostoyevski et le psalmiste qui s'écrit
si
il cenderou Infernum adè si je monte
dans le ciel tu y es si je descends en
enfer tu t'y trouves Dieu Romano
Guardini écrivain et théologien allemand
a envisagé dostoyevski sous ce jour
Jacques maritin dans un petit livre
publié il y a 2 ans sur Dieu et la
permission du mal fait remarquer
l'importance plus tragique pour la
conscience humaine qu'a prise le mal à
notre époque c'est lui dit dit-il qui
est à l'origine de bien des formes
d'athéisme à l'origine aussi des
angoisses de ce qu'on pourrait appeler
chez beaucoup la conscience chrétienne
offusqué par l'importance tragique dont
je parle quelques grands écrivains et
grands poètes ont été touchés beaucoup
plus à vif que les philosophes et les
théologiens en cela ils ont été des
sortes de prophètes le plus grand de ces
prophètes la plus grande de ses armâes
offusquées et torturées ça a été à mon
avis
dostoyevski
ce dostoyevski de maritin n'est pas
celui d'André Gide mais bien celui du
monologue polyphonique titre si
justement appliqué à l'œuvre de
dostoyevski par sa plus récente
biographe Dominique Arban si dostoyevski
n'avait rien d'un prophète la légende du
Grand Inquisiteur ou l'entretien divan
avec le diable ces deux tours de
l'étrange édifice religieux que forme le
roman des Frères Karamazov n'aurait
jamais pénétré si avant dans le myère
d'iniquité et dans cet appel au Dieu de
miséricorde qui s'en
dégage Nicolas berdev voyit que dans la
légende il était infiniment moins
question du catholicisme romain en dépit
de la lettre que du communisme até avec
son palais de cristal que présentait
dostoyevski et dont les démons vousou
les posséd élabor la doctrine à la fois
si juste et si infernal car le Grand
Inquisiteur qui a compris que le P
pcheur n'aime pas la liberté a
horriblement raison on lit aujourd'hui
ce poème puisque c'est ainsi que l'app
yvant d'un autre œil et de même quand on
entend les bouffonneries de ce diable
qui est notre dédoublement critique qui
nous domine et que nous retenons en
voulant
l'exorciser nous trouvons Freude opaque
c'est cela vraisemblablement qu'il
convient d'appeler le don de
prophétie
[Musique]
[Applaudissements]
vous êtes l'auteur Nina gorfinkel d'un
dostoyevski notre contemporain une étude
qui apparu en
1962 dans laquelle vous insistez très
utilement sur les aspects politiques et
sociaux de l'œuvre du romancier
dostoyevski était un écrivain engagé
nous direz-vous et c'est sous ce jour
que vous le faites revivre si la notion
d'engagement est né dans la littérature
française de la résistance elle est
aussi vieille en Russie que l'opposition
littéraire au tarisme cette opposition
apparaît sous Catherine i avec les
premiers porte-paroles de la pensée
politique et sociale de la jeune société
en
formation toutefois ce n'est pas encore
l'expression de l'opinion publique
celle-ci se formera plus tard au début
du 19e siècle et singulièrement après
1812 lorsque l'invasion napoléonienne
aura amené les Russes à prendre
conscience de leur entité nationale face
à
l'Occident c'est alors que nîtra le
premier mouvement public russe celui des
décabristes dont le soulèvement le 14
décembre
1825 marquera l'entrée de la
dans la voie
révolutionnaire sous le rène de
Catherine i les hommes cultivés nourris
de la pensée des
encyclopédistes sont encore rares seul
des voix isolées s'élèvent contre
l'absolutisme éclairé de la souveraine
c'est d'abord la voix de Nicolas Novikov
fondateur de la presse russe éditeur de
revu et d'ouvrages de vulgarisation qui
ose entamer une polémique avec
l'impératrice au-delà des belles
déclarations libérales de lazarine il la
j sur ces actes qui en sont la négation
extension des privilèges de la noblesse
entraînant celle de servage justice de
classe répression inexorable de toute
pensée critique c'est
ensuite la voix d'Alexandre radichev
elle est si puissante que tous ceux qui
lutteront pour la liberté du peuple de
poukinalin ne cesseront de s'y référer
en
1790 Radich fit paraître son célèbre
essai voyage de Pétersbourg à Moscou
ou chemin faisant il mettait en lumière
la misère et les effets de
l'oppression la troisième voix la plus
efficace parce que parlant le langage du
génie fut celle de Denis van wiisen le
premier grand auteur dramatique russe
qui en
1778 dans une comédie fameuse le
mineur stigmatiser le servage et les
droits exorbitant de la noblesse sur les
âmes
serves terrorisé par l'explosion de la
Révolution française catine 2 réprima
ses voix importunes fvisen lui échappa à
la vindicte impériale à la faveur si
l'on peut dire d'une maladie mortelle
qui ne tarda pas à
l'emporter ainsi à la fin du 18e siècle
les écrivains russes combattant de la
Cause du Peuple savait à quoi s'en tenir
au début de son règne Alexandre Ier fit
des promesses libérales elles ne furent
pas tenues puskin tout jeune auteur
d'une ode à la liberté qui reprenait le
titre et les thèmes d'une hte semblable
de radichev était éloigné de la capitale
au moins son absence préserva le poète
du sort qui était réservé à ses amis
lesdcabrice le Gibé ou le ban
sibérien Nicolas 1er reprenait en plus
dur la politique antilittéraire
d'Alexandre
i cependant la figure des
décabristes rvolutionnaire inefficace
mais idéalistes courageux a réolé du
martyre entra très vite dans la légende
dont fur nourri l'adolescence et la
jeunesse de FEDER
dostoovski fils d'un médecin de
l'hôpital des pauvres de Moscou où il
avait vu le jour en
1821 issu de petite noblesse besogneuse
de stayovski se sentit toujours plus
près de roturier que de noble
il était solidaire de la nouvelle
génération des écrivains professionnels
qui difficilement se frayit un chemin
parmi les auteurs nobles bien antis dans
l'épilogue de l'adolescent il
s'enprenait à Tolstoy à cette
littérature domaniale de propriétaire
fonciers qui travaillait en paix loin du
tumulte des villes loin surtout de
l'actualité et qui en conséquence
écrivait disait-il des romans
historiques car aux yeux de dostoyevski
non seulement guerre et paix mais aussi
anakarinine était un roman historique de
même que tourgev ne faisait que feindre
de s'intéresser au temps présent ils
appartenaient en réalité à un passé
révolu dostoyevski ne fut pas seulement
un grand romancier mais aussi un grand
journaliste dans la ligne des Camux et
des Bernanos il aussi est sans cesse du
roman au journalisme ses réflexions
comme ces sujets s'alimentaient de fait
divers à côté des interrogations
permanent de l'âme ils scrutaient les
problèmes de leur
présente les thèmes de ces articles et
de ces livres se répondent et
s'entrecroisent qu'il s'agisse de
l'opposition Asie Russie Occident de
catholicisme et d'orthodoxie de la
jeunesse ou de la justice divine et
humaine on ne peut comprendre dostyovski
qu'en embrassant l'ensemble de son œuvre
et de sa vie de
1821 à
1881 60 années qui se confonde avec la
période de bouyonnement intense de la
pensée russe irruption de la qui cherche
encore sa forme d'immenses lectur
enrichissaient le jeune
dostoyevski à côté des classiques grecs
et français et de Shakespeare une place
de choix appartenait aux auteurs qui
plongé dans l'univers social et moral au
tout premier plan Victor Hugo et George
Sand mais le Dieu de son Parnasse était
Schiller poète des tyranicides auteur
des brigands de don Carlos de Cabal et
amour ce n'est pas seulement un grand
poète universel c'est notre poète
disait-il le thème chilérien idéalisme
humanisme haute morale sociale traverse
toute l'œuvre de dostoyevski pour
s'épanouir dans les Frères Karamazov
avec la confession effrainée de ma qui à
la veille d'être condamné pour paricide
et penche son cœur ardent dans l'hyne la
joie c'est à la lumière de cet idéal
littéraire qu'il faut aborder les
vicissitudes politiques de la vie de
dostoyevski à 25 ans plongé dans
l'atmosphère poétique et philosophique
des années 1840 russe atmosphère dominée
par shelling et Hegel dostoyovski
disciple du grand critique russe
bilinsky était aussi chiléien que
socialiste lui-même disait que nulle
part en Europe et même en France on ne
professait avec autant d'enthousiasme le
socialisme utopique français et que
nulle part ailleurs on était aussi 48
heur il s'abreuvait des œuvres de
Fourier qu'abé Saint-Simon
considérant sans doute l'util aussi
proudon et Auguste conte mais il
convenait moins à sa
sensibilité aussi est-ce tout toujours
au romanciers journaliste polémiste
acharné et émotif et non au théoricien
qu'il faut songer en évoquant
dostoyevski on comprend dès lors que sa
première œuvre paru en
1845 fut un roman social pauvre jeens
écrite sous forme de lettrre c'est
l'histoire d'un petit fonctionnaire
misérable au cœur pur il aime une jeune
fille mais on vend celle-ci à un homme
riche et brutal le fonctionnaire humble
et humilié n'est pas de taille à
s'opposer au sinisme à la violence à la
touteepuissance de l'argent 15 jours
après pauvres gens paraissait une autre
nouvelle que dostoyevski avait travaillé
parallèlement le double où un thème
similaire était traité le petit
fonctionnaire humilié y devenait une
flottante épave
humaine
introduisait ainsi dans la littérature
moderne la notion de déction il
exploitera jusqu'au bout jusqu'à l'abîme
dans les notes prises au sous-sol le
sous-sol de l'âme en même temps il
développait le thème des pauvres gens
dans humiliés et offensés dans ces
grands romans les deux aspects de
l'analyse ne c seront de
s'entremêler quel est le fond sur lequel
nous apparaît l'engagement personnel de
dostoevski homme et citoyen vers
1847 il adhère au Cercle clandestin de
petrchevski ce curieux homme réunit chez
lui tous les vendredi de jeunes
intellectuels il mettent à leur
disposition la vaste bibliothèque qui a
réunit d'une manière bizarre
fonctionnaire aux Affaires étrangères
préposé au bien des étrangers en deséran
il a acheté son dévouu sur nombre
d'ouvrages interdits en Russie et
notamment sur les œuvres des socialistes
français lui-même était fourriériste à
ces vendredis on discute on échange des
propos sans fin sur le socialisme
l'économie politique et bien sûr sur les
réformes les plus urgente à commencé par
l'abolition de servvage et l'attribution
de terre aux paysans
le problème religieux tient une grande
place dans ces entretiens la doctrine de
Saint-Simon ne débouche-t-elle pas sur
un nouveau christianisme kabé ne
préconise-t-il pas le vrai christianisme
selon
Jésus-Christ le pédagogue milukov un ami
de dostoyevski donne lecture au
pérachivien de sa traduction en slavon
liturgique d'un chapitre des Paroles
d'un croyant de l'amnet traduction que
dostoyevski juge supérieur à
l'original lui-même lit à haute voix aux
assistants la lettre indigné que binski
écrit de l'étranger en 1847 à gogle
sombré dans un étrange mysticisme il
prêche la résignation et exalte la
monarchie l'orthodoxie et le servage bin
qui rappelle à l'ordre l'auteur du
révisor et des âmes
mortes cette lecture sera retenu contre
dostoyovski comme principal chef
d'accusation on établira aussi qu'il
emprunte au Cercle des livres subversifs
quant à l'idéal révolutionnaire des
péracheviens il demeurait vague
fmentait-il vraiment un complot si
quelques-uns d'entre eux y avaient songé
aucun plan tant soit peu précis n'avait
été élaboré les autorités étaient
parfaitement au courant de ses réunions
anodine et laissé faire mais 48 mit en
rage Nicolas i ce gendarme de l'Europe
n'aimait pas les intellectuels et à plus
forte raison ceux qui lisent les
ouvrages
interdits le 23
avril49 des lobes 48 membres du cercle
pérachevski dont lui-même et dostoyevski
sont arrêtés on découvre chez le second
deux ouvrages terrifiants le berger de
Cravant entretien socialiste d'Eugène su
et de la célébration du dimanche de
proudon voilà les péraché viens enfermé
à la forteresse Pierre et Paul il nous
reste de ces mois de détention quelques
lettres de dostoyovski à son frère
Michel il a bon moral et demande avec
insistance des livres Shakespeare la
Bible une revue littéraire l'instruction
est lente ce n'est que le 22 décembre
1849 que d styevski sera fixé sur son
sort pour non dénonciation de la lettre
du littérateur binski qui constituait un
délit contre la religion et le
gouvernement il était possible de la
privation de ses grades et droit et
condamné à être fusillé mais un odieux
simulacre et sub situé à l'exécution au
dernier instant on annonce condamnés
déjà attachés au poteau qu'ils sont
gracier et on leur lit le véritable
verdict dostoyovski est condamné à 4 ans
de travaux forcés au banne d'Omsk en
Sibérie après quoi elle sera versée dans
l'armée comme simple soldat ce qui aut
temp de Nicolas 1er est un autre
banne je ne suis ni déprimé ni de
courourage
écrit-il à son frère en cette fatidique
journée du 22 décembre la vie est
partout la vie elle est en nous et non
hors de nous autour de moi il y aura des
êtres humains et le vrai problème est
d'être homme parmi des hommes et de le
demeurer sans se laisser ni décourager
ni dégrader je l'ai compris cette tête
qui créait qui vivait d'une vie
artistique supérieure qui s'était habit
é à prendre conscience des plus hautes
exigences de l'esprit cette tête il est
vrai n'est plus sur mes épaules mais il
me reste la mémoire il me reste les
figures que j'ai conçu et que je n'ai
pas encore incarné elles vont
m'écarteler je le sais mais il me reste
aussi mon cœur ma chair mon sang et ils
continueront d'aimer de souffrir de
plaindre et de se souvenir c'est cela
vivre on vous voit le
soleil on voit le soleil ces derniers
mots destoyevski les a écrits en
français c'est peut-être une
réminiscence du Dernier Jour d'un
condamné dostoyevski quittera le ban le
22 février
1854 pour être versé dans l'armée il ne
rentrera à Pétersbourg qu'en
1860 l'année suivante il se mettra à la
rédaction des souvenirs de la maison des
morts où il consignera les enseignements
profondément humains qui leur at tié du
[Musique]
banne
[Musique]
dostoyevski a fait faire un pas immense
à la psychologie c'est une évidence il a
été un explorateur sans égal de ce que
nous entendons par la psychologie des
profondeurs mais il s'est bien gardé
pour sa part d'étudier l'âme humaine en
la soumettant aux seules conditions
physiologiques et aux incidences
sociales je veux dire en la coupant de
ses racines spirituel sans lesquels
l'âme humaine perdrait toute
transcendance dans cette prise de
conscience du double qui a orienté la
démarche de dostoyevski je ne puis
m'empêcher de penser à cette affirmation
célèbre d'un autre explorateur des
abîmes du cœur humain
Baudel il y a dans tout homme à toute
heure deux postulations simultanées
l'une vers Dieu l'autre vers
Satan et puis pour de soyevski le
sous-sol l'inconscient le non encore
conscient qui en se dissolvant dans une
certaine lumière la Lumière Christique
rend plus riche après expérience la
production des actes méritoires qui sont
enfin des actes
libres Dominique Arban vous avez
travaillé de longues années sur
dostoyevski vous avez été chercher en
Russie des documents
précieux votre dostoyevski le coupable a
été suivi d'un dostoyevski par lui-même
et par la traduction d'une
correspondance inédite Constantin
andronikov qui est un spécialiste de
tout ce qui concerne la pensée et la
spiritualité russe vous donnera la
réplique moi je n'ai qu'une question
préliminaire à vous poser qu'est-ce qui
a fait de
dostoyevski le psychologue exceptionnel
que nous admirons je ne sais pas je
pense que c'est un des nombreux secrets
que nous ne sommes pas aptes à
éclairer je pense qu'il y a en lui des
données suffisantes et surtout tout une
passion énorme de détecter ce qu'est
l'homme et c'est à partir de cette
volition que nous pouvons peut-être
imaginer dostyovski comme grand créateur
d'un monde psychologique je pense en le
disant à une lettre qu'il écrivait à son
frère d'un an son aîné qui était son
meilleur et peut-être son seul ami une
lettre qu'il a écrite quand il avait je
crois 22 ou 23 ans en tout cas avant sa
première œuvre les pauvres gens qu'il a
terminé quand il avait 24 ans cette
phrase me paraît considérable voici ce
qu'il dit l'homme est un mystère je veux
passer ma vie à percer ce mystère car je
veux être un homme il y a là tout
dosoyevski quen pensez-vous
conikov et bien si vous m'aviez tout à
l'heure posé la question de savoir
comment expliquer que dosevski soit un
grand psychologue je vous Auris répondu
par une question à savoir comment
expliquer qu'un homme est un génie le
génie destoyevski est un génie qui
s'exprime en incarnant dans des romans
des idées ce sont des idées qui vont
très loin justement dans les profondeurs
de la psychologie sinon dans la
psychologie des profondeurs mais ici
nous essayons un petit peu de
décortiquer le génie et par conséquent
d'essayer de savoir comment ces
mouvements profonds de l'âme qui n'ont
cessé de le bouleverser toute sa vie
jusqu'à sa mort ont commencé à à surgir
dans les profondeurs de son de son être
je crois qu'on peut remonter très très
loin puis- je vous interrompre un
instant Constantin dronic vous avez dit
tout à l'heure une chose importante vous
avez dit il incarne ses idées dans ses
personnages et c'est évident mais il ne
faut jamais oublier et ceci nous ramène
à la psychologie immédiatement que il
n'a jamais parlé d'idée il a toujours
parlé d'idées sentiments avec un tiret
entre idée et sentiments ce sont des
sentiments idé ce sont des idées
sentiments et pourtant puis-je vous
interrompre il a aussi parlé d'idée et
d'idée en tant que tel je n'en prendrai
qu'un seul exemple un des plus fameux
c'est l'attitude de l'adolescent qui se
réfugie dans une idéeidéild ah mais ça
c'est dans une idée et bien souvent
aussi bien dans ses romans que dans sa
correspondance que dans son journal d'un
écrivain qui est une mine inépuisable
d'ailleurs justement d'idée et aussi de
sentiments il parle de certaines images
ou de certains de l'âme qui à eux seul
représente une idée mais il me paraît
très important qu'il est si souvent et
notamment dans les démon fait intervenir
le terme idée
sentiment parce que pour lui une idée
n'était jamais une abstraction
intellectuelle
elle était toujours profondément fondée
sur une intuition ou sur une passion ses
idées étaient d'un ordre passionnel et
il nous la a prouvé et sa vie entière le
prouve et ce n'était pas du tout
quelqu'un qui élaborait des systèmes ah
non pas il était le contraire d'un
philosophe en ce sens oui oui mais les
les idées pour lui c'est ce qu'on peut
appeler les vues c'est synonyme mais
dans vue il y a quelque chose de plus
intuitif que dans idée et qui correspond
d'avantage à l'idée sentiment il écrit
idée sentiment et c'est une chose
d'autant plus frappante que personne
avant lui à ma connaissance n'a employé
se tirait entre ces deux mots c'est
qu'il pour lui c'était ainsi et nous en
revenons là à celui qu'il a été si vous
voulez revenir au départ de mon
interruption Andr nikov et justement
vous abordiez quelque chose d'important
c'était son enfance oui je voulais dire
simplement entre parenthèses que
quelqu'un peut-être avait parlé sinon
d'idées sentiments mais d'idées vivante
et qu'il fallait vivre jusqu'au bout
d'une manière existentielle et c'est de
là que ça vient c'était kirkegarde ou
comme
mais pour son enfance dès le départ en
fait dès le moment où il devient un
petit peu conscient de sa vie intérieur
comme enfant et où nous avons des
renseignements là-dessus nous savons
qu'il se heurte à des idées ou des
sentiments en tout cas des réalités de
la vie profonde qui ne cesseront pas de
le travailler et auquel il ne cessera
pas de travailler toute sa vie et c'est
d'abord celle de l'injustice et du
paradoxe qu'il y a entre une idée d'un
Dieu bon et tout-puissant et l'idée de
la souffrance et tout
particulièrement la souffrance des
innocents c'est-à-dire des enfants il y
a là deux euh thèmes dans son enfance
qui sont extrêmement visibles et
éclatants c'est le thème de la
souffrance des innocents puisque fils du
médecin de l'hôpital Marie habitant une
des ailes de cet hôpital il était
euh malgré la défense paternelle
constamment en conversation avec les
convalescents qui traînaient là leurs
MUXs et leur misère sur les bancs de ce
jardin et euh quelles furent les
conversations que ce petit garçon
pouvait avoir avec ces gens de la pire
misère de Moscou c'était un hôpital de
pauvres il y avait 700 anis seulement
pour tous les miséreux de Moscou il
devait donc y avoir c'était pas le seul
hôpital PV non non c'était le seul
hôpital de pauvre de Moscou et cet
hôpital qui avait été fondé par
ellisabeth était le lieu où affluait la
plus grande détresse et sans issue et
ces malheureux qui finissait là une
grande maladie savait qu'en sortant
allait recommencer leur vie sans issue
et sans espérance il y avait donc la
confrontation chez le petit fedia
dostoyevski il la confrontation avec
l'homme accablé et auprès de qui Dieu ne
semblait intervenir d'aucune façon dans
le sens sinon de la justice du moins de
l'amour mais moi je voulais faire
allusion à une chose encore antérieure
et qui se représenta à lui justement
sous la forme d'une idée incarnée
incarnée parom c'est naturellement le
livre de Job lit qu'on lui lit plutôt
quand il ne savait pas encore lire et
ensuite je crois justement quand il
avait 8 ans quand il avait 8 ans il
l'audition de ce livre de Job à l'église
qu il est par le chantre il pleure il
pleure sur la souffrance de job ou sur
l'injustice de Dieu nous ne le saurons
jamais mais à la fin de sa vie il écrit
à sa femme ce livre de Job que je suis
en train de relire est un livre qui m'a
bouleversé quand j'étais presque un bébé
encore et maintenant encore quand je le
lis je ne cesse de marcher dans tous les
sens dans ma chambre je ne peux pas il
est probable naturellement que l'enfant
ne pouvait pas assumer toute la
profondeur de ce drame qui boulevere
l'homme mû mais qu'il en avait pressenti
la profondeur il en avait pressenti le
tragique car s'il pleure sur ce
malheureux job dont le Star the SIM en
mourant raconte dans les Frères
Karamazov les effets sur lui comme si
c'était son histoire personnelle à Luise
SIM il est probable que le petit
dostyevski avait entrevu là quelque
chose c'était un enfant très précoce sur
le plan de l'esprit et il avait entrevu
là quelque chose qui qui n'était pas
seulement la souffrance de Job peut-être
cet univers moral dans lequel il vivait
parmi ses parents un univers où il était
parfaitement clair où était le bien où
était le mal brusquement les choses
éclataient parce que Dieu avait donné le
juste au diable mais pour un temps il
faut pas l'oublier et je crois que
dostoyevski s'en est bien souvenu de
cette histoire de Job puisque la façon
de surmonter cette injustice apparent
dans les conditions historiques et
temporelles c'est de l'accepter et
d'accepter la souffrance et d'ailleurs
Dieu ne donne job à Satan que pour un
temps mais il lui interdit à Satan de
toucher à la vie de Job et job acceptant
redevient un homme heureux c'estàdire
dans la plénitude de son être et bien
les personnages de dostoyevski beaucoup
plus tard aussi quand dostoyevski
devient vraiment même c'est-à-dire le
génie créateur à plein il je crois
incarnera cette cette cette idée de
l'acceptation de la souffrance en tant
qu'une satisfaction d'un sacrifice
suprême c'est-à-dire dans un domaine
spirituel par les personnages enfin que
nous connaissons bien et vous plus que
quiconque d'ailleurs je voudrais à ce
sujet une autre dire une autre
parenthèse à savoir que l'un de ceux qui
ont peut-être le mieux écrit sur
dostoyevski sous cet aspect-l est
quelqu'un qui a fait un livre très
remarquable sur les balances de Job et
c'esté
chistof oui mais il est certain que le
livre de Job c'est toute la question que
s posé dosevski jusqu'à la fin et on
peut dire qu'il n'a jamais accepté les
arguments des amis de Job et au fond
qu'il ne trouve vraiment Dieu que malgré
lui quand Dieu s'adresse dans le silence
et dans le secret à son âme il est
certain que la fin de dostevski qui est
une fin
religieuse n'est que quelque chose de
comparable à cette fin du livre de Job
où tout est changé quand Dieu lui se met
à répondre mais je crois que si
dostoyevski n'a pas accepté les réponses
des amis de Job c'est pour une très
bonne raison et une raison très
dostoyevskienne c'est que les amis de
Job ne souffraient pas comme Job eux ils
n'étaient pas dans l'expérience dans
l'épreuve dans le creuser de la justice
ou de l'injustice apparente de Dieu
tandis que Job comme dostoyevski l'ont
vécu si nous avons fait ce saut
considéraable de l'enfance de
dostoyevski à la fin de son œuvre et à
son à son ption dans les Frères
Karamazov et il faudrait peut-être alors
que nous en Ress encore un petit moment
là pour montrer ce qui est très
important que le problème de Dieu non
plus n'a pas été pour dostoyovski une
aventure simplette dostoyevski dit sans
cesse Dieu qui m'a torturé toute ma vie
cette phrase revient tant chez ces
personnages que dans son œuvre privée
ses lettres ù le journal un écrivain et
les problèmes que cela ouvre sont
extrêmement permanents parce que quand
il sort par exemple du bagne il écrit à
Madame von visine qui étant une femme
extrêmement
importante c'est en 1854 c'est en 1854
une des premières lettres écrites du ban
madame fonvine était une ces fameuses
femmes de décabristes qui
s'ang c'est ça qui s'exilait en Sibérie
la suite de leurs époux et cette lettre
par le ton par la solennité de
l'écriture par l'importance de la
personne à qui il s'adresse et et nous
verrons encore pourquoi
et capital je veux simplement en
extraire un fragment je vous diraiis de
moi-même que je suis un enfant du siècle
l'enfant de l'incroyance et du doute je
le suis à ce jour et je ciseel jusqu'à
la pierreon balle que d'atroce torture
m'a coûté et me coûte encore maintenant
cette soif de croire qui est d'autant
plus forte en mon âme qu'il y a en moi
plus d'arguments
contraire et pourtant Dieu m'envoie
parfois des instants je suis tout à fait
paisible à ces instants-là j'aime et je
me sens aimé par les autres et c'est à
ces instants-là que j'ai formé en moi un
crédau où tout est clair et sacré pour
moi ce crédau est très simple le voici
si quelqu'un me prouvait que le Christ
est en dehors de la vérité et qu'il
serait réel que la vérité fut en dehors
du Christ j'aimerais mieux alors rester
avec le Christ qu'avec la vérité phrase
textuellement reprise 20 ans après dans
les démons c'est-à-dire que pendant ces
20 années entre la sortie du ban et la
publication des démons dostoyevski est
resté avec cette pensée là
avec cette différence para capital oui
mais avec cette différence je crois que
motchulski qui a fait un livre admirable
sur doeskii le note avec beaucoup de
précision c'est qu'à l'époque le Christ
pour dostoyevski n'est pas du tout le
Christ des chrétiens théologien ce n'est
encore que la personnalité lumineuse de
l'homme le plus parfait le plus bon le
plus
compatissant et c'est après qu'il
comprendra que c'est aussi Dieu en
d'autres termes le Christ à l'époque
pour dostoyevski n'est pas encore du
homme ce n'est que l'homme parfait et je
me souviens d'une phrase du journal d'un
écrivain ou dostoyevski très étonnamment
surtout après ce que vous venez de lire
Domini carban et pourtant se complète
dit de lui-même je suis un homme heureux
mais qui n'a pas l'air content alors je
me demande à quel moment il était le
plus sincère car il n'a jamais été un
homme heureux sinon ni un homme content
un homme sauf à de rares moments de RAR
moment qui é
d'Ille ou de vanité d'auteur dont
ensuite il s'est flagéé lui-même
n'est-ce pas mais qui ont été très réels
au moment de ses premiers succès
étourdissants vertigineux au moment des
pauvres gens oui ça ne s'est pas répété
par la suite et qui ne s'est jamais
répété par la
suite si nous si nous avons un petit peu
si nous sommes attarder sur ce thème
majeur de la pensée de dostevski nous
navons fait cependant ffleurer cette
pensée parce que il faudrait des heures
pour en élaborer les diverses données
mais puisque nous parlons de la
psychologie de dostoyevski et par
conséquent de ses héros car d'une façon
ou d'une autre c'est tout un et dans la
mesure même où il était où il portait en
lui des contradictions et des conflits
qui alimentaient son œuvre en personnage
conflictuel dans cette mesure son œuvre
est euh l'accomplissement et
l'Assomption de sa vie de sa psychologie
personnelle et à ce propos je voulais
revenir un petit peu au thème essentiel
aux données premières de cette vie
double qu'il porte en lui et qui se
réfracte par tous les chemins de sa
conscience ou de son inconscience il est
double en toute matière il est double
d'ailleurs il ne faut pas oublier que
l'épilepsie est quand même une tension
de de force contraire qui se résout dans
la crise et que ces crises certainement
libéré dostoyevski de moment conflictuel
tragique et en lui ce conflit se réflète
dans toute son œuvre par exemple si nous
prenons le thème de l'idiot c'est un
aspect du thème du crime dans l'œeuvre
de dostoyevski et du thème de Dieu dans
l'œuvre de dostoyevski et bien si on
regarde les premières aventures des
brouillons de dostoyevski celui qui sera
l'idiot est en même temps le criminel
c'est celui que sera rogojin l'homme au
couteau qui sera l'assassin or l'idiot
michkin et
rogojin son frère il semble que ce
couple initialement conçu par l'écrivain
en tant que
héros qui assassine et qui cependant est
un homme de
foi il n'a jamais pu s'en délivrer il a
créé un autre personnage pour faire
l'assassin et ces deux personnage
l'homme parfait muskin et l'assassin
rogin sont tout le temps identifié par
exemple par l'amour qu'il porte à la
même femme et qui n'est pas toujours une
rivalité
puisque à divers moments de l'œuvre
chacun abandonne à l'autre le soin de
faire le bonheur de cette et
qu'elle-même ne sait pas lequel des deux
elle aime véritablement et en plus cette
fraternité est en quelque sorte scellé
je dirais sacralisé par le fameux moment
où muskin et rogojun échangent leur
crucifie comme on échange plus que son
sang et ces deux individus qui sont nés
d'ailleurs d'une idée qui a visité
dosyevski quand il lisait les
contte-rendus d'un fameux procès en
Russie où un homme en a assassiné un
autre qu'il connaissait à peine et qui
lui était très sympathique elle lui a
tranché la gorge avec un Coutau tout en
prononçant ces paroles Seigneur mon Dieu
pardonne au nom du Christ toevski avait
été profondément frappé de cet homme
accomplissant son forfait tout en
appelant à Dieu c'était si vous voulez
une réfraction de la psychologie propre
à dostoyevski qui a toujours été tenté
par le cré et ça nous ne pouvons pas en
douter puisque tous ces héros d'une
manière ou d'une autre commettent des
crimes et qui ne sont pas toujours des
assassinats qui peuvent être des viols
d'enfant qui sont toujours des crimes
extrêmes y compris le crime contre
lui-même que commet stavrogin le péché
suprême le péché sans espérance qui est
le
suicide dostoevski a sans cesse été
l'homme de ce contraste qu'il n'a cessé
de vouloir réunir et rétablir en tant
qu'unité vivante en lui c'est un des
aspects de ces chemins doubles
d'ailleurs il y en a d'autres ces
chemins doubles à chaque fois il les
incarneent dans des personnages et
quelquefis même il les identifie
expressément avec des personnages réels
je pense à celui qu'il appelait son
méphistophéè et qui était il a rencontré
en 48 spnov qui était le premier
communiste et qui venait en Russie de
Suisse avec mission de créer un combat
social réel et non plus ces parlotes
dont se satisfaisaent les amis de
dostoyevski donc curieusement dostoevski
ne s'est plus satisfait à ce moment-là
il y a une transposition qui me paraît
tout à fait significative je la trouve
dans un épisode de la confession de
stavrogin queostavogin lui-même fait
lire à Tichon quand il VI voir dans ce
chapitre qui éta de le couronnement des
démons et qui n'a jamais été publié
parce que les autorités étaient opposées
et dans cet épisode la petite fille la
fillette de 12 ans qui a subi les
violences de
stavrogin vient sur le seuil de la
chambre où il se trouve lui montre le
point vous vous en souvenez et lui dit
j'ai tué Dieu tu as tué Dieu en moi
c'est ça et STAV Regin dit elle croyait
qu'elle avait tué Dieu si je dis cela
c'est que c idée de
quelqu'un qui tue Dieu en quelqu'un
d'autre c'est un petit peu l'expérience
je crois que dostoyevski a éprouvé avec
bellinski parce que à l'époque où
dostoyevski était engoué par par chiler
par George Sand par Balzac par Victor
Hugo qu'ilaelait des écrivains chrétiens
qu'il était tout entier pris par les
idées utopiques de
Fourier par le nouveau christianisme de
Saint-Simon par le vrai christianisme
suivant Jésus-Christ de Cabé des gens
comme ça et qui voulait par
conséquent agir dans le sens de cet
utopisme pour sauver ses contemporains
c'est son prochain c'est-à-dire agir
socialement il a rencontré Belinski qui
lui était un aé
délibéré et qui par un raau dont
dostoyevski a reconnu la rigueur a au
fond tué Dieu en dostoyevski à l'époque
et dostoyevski l'a reconnu il l'a écrit
à son frère et ensuite il s'en est
longuement expliqué je crois dans le
journal d'un écrivain et il a dit qu'il
lui avait fallu l'épreuve terrible du
bagne et de la Sibérie pour accomplir
son tournant revenir sur toutes ses
idées et croire dans le Christ malgré
les arguments de binski qui pour lui
restaient jusqu'àun certain point tout à
fait Vala parce qu'il reconnaissait que
bellinski dans son optique avait
peut-être plus raison que du
rationalisme et c'est pour ça d'ailleurs
que dans toutes ses œuvres ultérieures
dostoyevski s'est mis au fond d'une
manière forcennée et presque désespérée
à combattre le rationalisme parce que il
avait éprouvé en lui-même que le
rationalisme pouvait tuer ce qu'il y
avait au fond de plus précieux et de
plus fécond à l'homme c'est-à-dire le
sentiment de Dieu oui il y a des choses
merveilleuses dans les Frères Karamazov
quand Dimitri dit écartez-vous C
Seigneur mon Dieu laissez passer sa
sainteté la
chimie tout un
monde car la veine ironique de soyevski
je crois mériterait une une autre table
ronde je crois en tout cas que l'on
pourrait dire que si l'on pose le
problème de dostoyevski et la
psychologie et si l'on veut parler de
dostoyevski en terme de psychologie on
s'aperçoit tout de suite que c'est
impossible de parler dans les limites
d'une certaine discipline une certaine
discipline scolaire qui est la
psychologie et qu'il faut parler tout de
suite au fond de tout l'homme
c'est-à-dire qu'on en finit pas il faut
le vivre mais à propos de cet
irrationalisme consenti de dostoyevski
je dirais presque volontaire il faut
rappeler son œuvre qui me paraît la clé
de voûte de sa pensée qui est écrit dans
le sous-sol et euh reprendre quelques
phrases qui pourront même servir de
conclusion à cette brève esquise
rappelez ce que dostoyevski pense de la
raison et pourquoi donc affirmez-vous
avec tant d'assurance dit-il tant de
solenité que seul le normal et le
positif en un mot le bien-être sont
profitables à l'homme la raison ne se
tromperait-elle pas en matière de profit
peut-être bien que l'homme n'aime pas
seulement son bien-être peut-être bien
qu'il aime la souffrance tout autant
peut-être qu'il profite autant de la
souffrance que du bien-être l'homme aime
la souffrance et parfois passionnément
c'est un fait
à vrai dire ce n'est pas tant à la
souffrance que je tiens ni non plus au
bien-être je tiens à mon caprice et
qu'il me soit
garanti quand j'en auraai besoin la
conscience par exemple est infiniment
plus vaste que vos deux x 2 après 2 x 2
bien entendu il ne reste rien non
seulement à faire mais même à tenître
tout ce qu'on pourrait faire alors c'est
se boucher les cinq sens et s'enfoncer
dans la contemplation or avec la
conscience bien qu'on arrive au même
résultat c'est-à-dire qu'il n'y a rien à
faire non plus du moins pourra-t-on se
flageler parfois soi-même et cela quand
mêmeavigot c'est sûrement rétrograde
mais quand même c'est mieux que
rien là est le grand dostoyevski le
dostoyevski qui raille ses opposants
parce que ceci est une moquerie à
l'adresse de ternichevski qui avait
écrit un ouvrage disant que quand
l'homme arrivera à donner le bien-être à
tous les humains il sera complètement
heureux et dstoyevski ladessus s'insurge
et prétend que il préfère la souffrance
et que n'est pas la peine de dire mal ce
qu' vient de dire si bien mais je crois
qu'il serait peut-être un peu difficile
de
conclure en prenant dostoyevski à la
lettre et en prenant son caprice pour
simplement de la fantaisie ah mais c'est
qu'il veut la liberté de l'ES il veut la
liberté et la
souffrance oui parce que c'est la
souffrance qui permet de mieux connaître
l'homme et c'était ça son
[Musique]
propos
ka
[Musique]
płaczeodok
CHU
pokłon
chrystus
[Musique]
m je me tourne vers vous Boris de
schleszer dont tous ceux qui
s'intéressent à la littérature russe ont
lu les belles traductions que vous avez
publié des romans et des nouvelles de
dostoyevski vos préfaces à des éditions
de Léon Tolstoy de Nicolas Gogol de Léon
chestof parce qu'ell procède des mêmes
vues esthétique rejoignent les études du
musicologue qui ont été couronné par
votre savante et si judicieuse
introduction à Jean-Sébastien
Bach vous attachez beaucoup d'importance
au rôle du dialogue et du monologue dans
les œuvres de
me disiez-vous on a souvent opposé tstoy
et dstoyevski comme poète dramatique et
poète épique cette opposition est exacte
mais je crois qu'il faudrait voir de
plus près ce que on pense quand on parle
de dostoyevski comme poète
dramatique généralement on considère que
ces romans sont des drames parce que on
insiste sur le rôle que joue l'action
proprement dite dans ces romans sur les
retournements brusques de situation sur
les péripétieses nombreuses de l'action
sur les coups de théâtre mais je crois
que le roman de d stayevski peut-être
dit dramatique dans un autre sens je
veux dire que la partie purement
narrative chez dostoyevski est beaucoup
moins importante que les discours les
dialogues et les monologues si nous
comparons surtout dostoevski à tstoy
chez dostoyevski la narration ne joue
qu'un rôle secondaire elle permet de
présenter les personnages de les mettre
en rapport et de les laisser parler car
c'est leurs paroles leur discours qui
les
caractérise souvent un personnage très
important par par exemple Ivan karamazf
dont les frères karamazf n'est pas du
tout décrit de l'extérieur ce qui nous
est donné c'est sa parole sa façon de
s'exprimer et ce qui est frappant chez
dstoevski c'est que il est capable de
faire parler les personnages les plus
divers depuis le valet Smerdiakov
jusqu'au stares zossima chacun a sa
façon de parler chacun s'exprime
dans sa langue particulière je crois que
cela est très important parce que cela
donne une signification particulière à
la création artistique che destayevski
ou bien les gens parlent à d'autres
personnes ou bien ils s'expriment seul
comme par exemple le personnage de la
boî souteraine ou celui du mari de la
douce qui se se trouvant devant le corps
de sa femme qui vient de se suicider se
demande ce qui s'est passé et pourquoi
elle s'est suicidé ce sont les
soliloques mais généralement il s'agit
de dialogue et sur quoi je voudrais
insister c'est que la façon dont
s'expriment les personnages est en
liaison directe avec ce qu'ils disent
par exemple dans les démons l'athéisme
de Kirilov sa façon de concevoir l'homme
et Dieu qu'il veut nier cette son
athéisme est en relation directe elle ne
pourrait pas s'exprimer autrement que
dans le langage de Kirilov haché
uncertain bégayant de même le personnage
de chatf quand il s'exalte pour exprimer
son crédau ne peut pas s'exprimer
autrement parce que ce qu'il dit est en
relation direct avec la façon dont il
dit je vous citerai encore un autre
exemple qui me paraît frappant c'est
celui justement du personnage de la boî
souteraine ici devski a atteint une
puissance d'expression qui n'a jamais
plus dépassé et les paradoxes les
blasphèmes que sont presque s s douter
le personnage prononce sont
exactement ce que pourrait prononcer un
homme qui s'exprime précisément de cette
façon je veux dire donc que le langage
dostayevski dans les parties narratives
et dans les parties de dialogue sont
deux langages différents dans les
parties narratives il écrit comme un bon
écrivain secondaire il n'est pas très
fort dans la discription d'ailleurs ces
descriptions comparées à celles de
talstoy sont rares et pauvres mais dès
qu'il fait parler des personnages son
langage change complètement alors il
acquiert une force une puissance une
variété que je crois aucun écrivain
russe n'a jamais atteint et je ne sais
pas si dans la littérature mondiale il
existe un tel éventail de variation de
langage il est encore un trait
intéressant je crois à noter c'est que
dostoevski n'a jamais exprimé en son
propre nom ce qu'il fait dire à ces
personnages on pourrait croire qu'il a
eu peur de la censure qu' n'a pas
osé se dire à lui-même ce que disent
Ivan Karamazov ou Kiril dans les démons
mais je ne crois pas qu'il s'agisse
d'une crainte devant la censure ou d'une
crainte devant sa propre conscience je
crois que c'est en créant ces
personnages qu'il a découvert les idées
étranges les idées
audacieuses qui se trouve par exemple
dans le la légende du Grand Inquisiteur
la légende du Grand Inquisiteur est
l'œuvre de Ivan Karamazov de dastayevski
indirectement à travers Ivan Karamazov
l'athéisme de Kirilov n'est pas
l'athéisme de dosoevski il est
l'athéisme de
créature de dostoyevski c'est-à-dire que
les personnages de dostoyevski ont
arraché à dostoevski des choses qu'il
ignorait complètement et lui ont
découvert pour ainsi dire le tréfond de
son être c'est par le personnage de la
boî souteraine que probablement
dayevski a réussi à se connaître ce qui
est frappant en effet c'est que tous les
grands romans de dev
ceux qui comme disait Nina grfinkel font
que de stayevski est notre contemporain
tous ces romans ont été écrit après la
boî souteraine comme si la boîte
souteraine ouvrait une porte à
dastayevski que dans la boî souteraine
il avait réussi à manifester dans le
langage réel quelque chose
qu'ilignoraait de lui-même il y a encore
un trait qui est particulier à
destayevski c'est que dans la partie
narrative par exemple dans la
présentation de les Frères Karamazov ou
des démons même dans ce cas il se
camoufle ce n'est pas dastayevski qui
raconte l'histoire des Frères Karamazov
c'est un personnage fictif qui serait
soi-disant un habitant de la ville où
s'est produit le drame des Frères
Karamazov il en est de même des démons
c'est un personnage fictif un prétendu
témoin qui raconte l'histoire
c'est-à-dire que dostoevski se tient en
dehors de ses romans alors que tstoy qui
est considéré comme un poète épique est
beaucoup plus proche de ses romans vu
que ce qu'il raconte c'est talstoy qui
le raconte de Natasa de Pierre bezour
d'Ann Karine et cetera tandis que ce que
raconte dostoevski c'est
faussement il apparaît sous le masque
d'un habitant de la ville qui aurait
assister à toutes les catastrophes qui
se succèdent mais c'est évidemment un
être ce personnage est complètement
fictif puisqu'il ne devrait pas
connaître les dialogues qui se déroulent
entre les différents personnage dialogue
auquel il n'assiste pas mais qu'il
rapporte comme s'il en avait été le
témoin cette prétendu présence d'un
témoin d'un personnage dans lequel
s'incarne stevski me paraît extrêmement
significative tout ce qu'il écrit à
partir de la boî souterraaine ce sont
des œuvres où les personnages
s'affrontent discutent se parlent et
même lorsqu'ils agissent nous
connaissons leurs actions non pas par
l'auteur mais par ce témoin
fictif c'est pourquoi me semble-t-il il
a été toujours très difficile de porter
les œuvres de à la scène alors que leur
structure est dramatique parce que comme
tout est dans le discours tout est dans
les dialogues et les monologues il
faudrait ne rien couper des monologues
et dialogues mais dans ce cas il
faudrait faire de telle sorte que la
situation des personnages soit
compréhensible la seule fois où un roman
deayevsk qui a été porté à la scène
c'est au Théâtre des Arts à Moscou C en
deux soirées tout le roman a été porté à
la scène mais les parties narratives qui
explique plus ou moins la situation des
personnages était dite par un acteur
dissimulé dans un coin et tout le reste
se résumait uniquement dans les
dialogues des personnages je crois que
c'était la seule façon de présenter un
roman dastayevski au théâtre il n'y a
pas d'autres moyen tous les autres
essais ont été plus ou moins ratés même
le meilleur la tentative de Camu pour
les démons de quel roman s'agit-il de
frère
keramaz ensuite le Théâtre des Arts a
voulu faire la même chose avec les
démons mais ça n'a pas réussi parce
qu'ils ont dû couper tout de même dans
les dialogue des démons or on ne peut
pas couper les dialogues de devski c'est
parce que si on coupe couple un dialogue
tout le roman s'écroule tout le roman
est dans la succession et l'opposition
des personnages donnés dans la parole de
ces personnages et non pas expliqués par
[Musique]
l'auteur
[Musique]
pauldokimov vous êtes l'auteur d'un
grand dostoyevski où nous avons trouvé
un chemin qui relie ce romancier
inclassable à toute une tradition de
spiritualité patristique dont les
Églises orientales ont gardé jalousement
le
souvenir récemment vous avez complété ce
travail par un nouveau livre Gogol et
dostoyevski où vous développer certaines
vues théologiques peut-être encore plus
éclairante notamment sur
l'éros voulez-vous nous dire
quels ont été selon vous les rapports de
dostoyevski et de l'amour son attitude
personnelle en face de la femme tout ce
que desevski a écrit sur la femme et sur
l'amour n'est point le seul produit de
son imagination mais reflète très
fidèlement l'expérience personnelle du
romancier sa première femme Marie
constant et petite fille d'un émigré
français physique Marie partage la vie
de dostoyevski pendant 7 ans l'agenda de
dostoyevski soulève le voile sur la note
dissonnante de leur amour pathétique
c'est que cet amour est privé de leur OS
équilibré et réciproque et comme le note
et souligne
dostoyevski les pitié seul V sur l'abîme
de la
souffrance profondément désaccordé sur
le plan des sens il ne pouvait s'unir
que sur le plan angélique où l'on ne
convoite
pas Catherine marmeladov dans le roman
crime chatiment unc Marie dans toute sa
cruelle déchirante et si humaine
vérité
aupposé sa secondde passion fortement
charnelle a failli brûler dostoevski
Pauline sslov femme infernal et Caine m
russe apparaî dans le nouvelle joueur
juste sous le nom de
Pauline enfin vient la synthèse et
l'équilibre sa secondde femme Anna lui
apporte la plénitude elle est à la fois
sa mère et son épouse l'année de sa
propre mort de sayevski écrit à sa femme
mon enthousiasme conjugal croit de plus
en plus je suis amureux plus que
jamais on accepte trop rapidement l'idée
que dostoevski ne donne pas l'image
positive de l'amour et surtout que la
femme n'est qu'une partie du destin de
l'homme c'est que l'essence de l'amour
est irrationnelle profondément
mythologique mystérieuse les tension
entre les deux pules de l'éros c'est
capital c'est la tension entre la pitié
d'un être innocent et l'obsession
érotique de la chair comme dit
dostayevski c'est l'ange qui se tient
devant Dieu et en bas c'est l'insecte
tagé par la
concupissence dostoyevski descend
jusqu'au racine métaphysique de la
volupté voilà devant nous for kamazov le
père il vit frénétiquement dans l'extase
de sa propre
sensualité sa passion monstrueuse
dépasse de loin la seule physiologie
s'accomplit dans la perversion de
l'esprit lorsquil termine le récit de sa
débauche par le sacrilège commis sur une
icône miraculeuse de la Vierge symbole
de l'intégrité virginal il donne le mot
de
l'inigme cette adultération spirituelle
fait de l'homme un Fantom vivant dans un
monde spectral tel Sidr gilov dans CRIM
et Châtiment le bruit de la robe
l'endulation infernale du corps le
rendent obsédé fou
énorme et Paisant
suidregailov n'a pas cpendant de vraie
consistence il est touttisé de vapeur
mortelle et
évanissante il vient du rêve de
roskolnikov et il s'en va de ce monde
comme un dernier acte du même rêve
fiévreux c'est aussi mais plus
profondément le cas si énigmatique de
STAV rogin
dépédé son incapacité métaphysique de
l'affirmation et de l'option
l'incapacité absolue de dire oui cette
impuissance de son esprit se répercute
dans son destin il n'est sorti de moi
que de la négation
avoue-il sa force est sans limite mais
tragiquement aussi sans objet sans point
d'application sa vie n qu'un réie
perpétuelle c'est l'attitude enragée de
l'enfer devant Dieu ou l'impuissant
démoniaque devant l'être lise la jeune
fille pure veut le sauver par son amour
mais les nuits passées avec stavrogin
ferait sortir toutes les béantes
vacuités de son cœur l'érotisme sans
limite prive et vide la passion de son
objet et c'est l'ennui en commun laamce
déjà ici bas de
l'enfer la phénoménologie de l'amour il
découvre des éléments complémentaires la
pitié et la volupté et c'est toutes les
dialectiques immenses de l'esprit et du
corps la rupture de leur
équilibre rend l'Union impossible c'est
justement le sujet du roman
l'idio l'angélisme du prince mkin le
désincarne altère quelque chose de sa
personne sa compassion console sans
doute mais surtout ennuie Nastasia qui
fuit le prince mkin s'agite entre les
deux femmes sans pouvoir choisir et
s'unir à l'une d'elles pour former un
seul
destin par contre la seule volupté brûle
et extermine tel est l'amour de verilov
dans l'adoliscent et surtout l'amour
charnel de rogogin l'opposé dialectique
de
michkin dans ces carnet dostayevski note
que la chute a brisé la monade
homme-femme en masculin et féminin ces
contraires peuvent se heurter dans une
opposition insoluble sans issu ou
apparaître complémentaire faire
coïncider les opposés faire naître la
beauté S des esprits et dans toute la
plénitude de l'être humain
l'épanouissement secret de l'amour à
l'ombre de son propre mystère botitelli
le montre sous la pluie des langues de
feu en une image saisissante de la
Pentecôte de l'amour c'est aussi le
champ sublime du Cantique des Cantiques
montrant que le véritable amour et de
nature
divine ce sont les flammes du feu
dévorant de l'Éternel et c'est pourquoi
le chapitre central des frères karamasov
est intitulé Les no de
Cana l'Évangile place l'amour des fiancé
dans le chist et les miracles de Cana le
changement de l'eau en vin nouveau et le
grand symbole du changement de la
passion brutale en amour charismatique
en communion nuptiale de No belle
créature tel est déjà le sujet de
réflexion de
dstayevski le jour de la mort de sa
première femme c'est à l'ombre de
l'offrande et de l'oblation que prend
naissance imurit les Ros transfiguré et
rendu
charismatique l'amour change les
substances même des choses dit
Saint-Jean Chrisostome et c'est dans la
foi seule que nous pouvons marcher sans
être pris de vertige dans les espaces de
la liberté et c'est justement
l'expérience de mitia et d'alocha
Karamazov la mère de Jésus lui dit ils
n'ont pas de vin or les gens sont
assoifés leur soif pourtant n'est pas
ordinaire
vient de la profondeur de l'esprit c'est
la soif à la mesure de ce qui est sans
mesure la soif de l'amour dont l'EMP
pleur est telle qu'enfin la joie de Dieu
y trouve son
répos quel beau miracle entend à le chat
l'URE de sa vision du Royaume de Dieu
illuminé par le miracle de Cana il faut
se consacrer à la joie qui aime les
hommes aiment aussi leur joie voici
notre Soleil le charist il change l'eau
en vain nouveau pour que les joie des
convive ne
pointst nous son
testament en se penchant sur lui comme
son ange gardien ou sa mère la femme
effectivement fait partie du destin de
l'homme mais dans la mesure où elle le
sauve de lui-même le déchiffre
l'accomplit et le parachève parce
qu'elle figure son salut tout comme la
Vierge théodocos figure
l'église
[Musique]
[Applaudissements]
[Musique]
dostoyevski n'est pas sans avoir été
marqué par l'esprit des star ces moin
qui sont des conseillers spirituels et
même des directeurs d'âme ou de
conscience très caractéristi de la
tradition
russe le staret zossim est le maître
d'Aliocha dostoyevski s'il l'a
transfiguré ne l'a pas totalement
inventé Olivier Clément vous professez à
l'école théologique de Saint-Serge
voulez-vous nous parler de ce monde
spirituel auquel appartenait le père
zossim dostoyevski n'est pas sans avoir
été marqué par l'esprit des stars ces
moinees qui sont des conseillers
spirituels et même des directeurs
d'armes ou de conscience très
caractéristique de la tradition russe le
père zossim est le maître d'Aliocha
dostoyevski s de la transfiguré ne l'a
pas totalement
inventé Olivier Clément vous êtes chargé
de cours à l'Institut de théologie
orthodoxe Saint-Serge voulez-vous nous
parler de ce monde spirituel auquel
appartient le père
zossim dostoyevski n'est certes pas un
docteur de l'Église mais il est certain
qu'il a été fécondé parce qu'il y avait
de plus vivant dans la spiritualité
orthodoxe de son époque spiritualité qui
connaissait à ce moment-là un
incontestable de nouveau en effet au
passage du 18e au 19e siècle l'église
orthodoxe a connu une de ses morts
résurrections qui rythme étrangement son
histoire le 18e siècle est une des
périodes les plus sombres de l'histoire
de l'orthodoxie sans parler de la
domination ottomane dans l'Europe du
Sud-Est en Russie le patriarcat a été
supprimé remplacé par un synode sur
lequel règne au plan administratif en
tout cas un haut fonctionnaire et
l'abîme semble devenu irréductible
insurmontable entre l'élite cultivée et
l'église la résurrection est venue d'un
ressourcement dans la prière d'une
réadaptation de la grande tradition
spirituelle de l'orthodoxie la tradition
des silencieux des éicastes tradition
qui vise par l'invocation du nom de
Jésus à unifier l'homme dans
l'expérience de la lumière à unir
l'intelligence et le cœur à faire
participer tout l'être de l'homme son
corps aussi et l'univers lui-même à la
lumière du Christ figurit en 1782 un
moine du Mont Athos Nicodème laagorite
fait publier à Venise un grand recueil
de théologie mystique intitulé selon la
tradition Philocalie c'est-à-dire amour
de la beauté au sens où la beauté
exprime l'intégrité retrouvée de tout
l'être au sens où dostoyevski dira la
beauté sauvera le monde cette Philocalie
a été traduite en slavon et orienté vers
son destin et son service russe en
Moldavie sous la direction de l'homme
qui a été l'animateur secret le pôle
spirituel de tous renouveau orthodoxe
lui-même a vécu dans la seconde partie
du 18e siècle pa velitkovski la
philocalis laavon paraît à pettersbourg
en
1793 et sa parution est suivie de
l'arrivée en Russie des disciples de
paier qui sont les initiateurs à la
prière perpétuelle à la prière du cœur
il trouveent du reste le terrain préparé
par un renouveau monastique local dont
le témoin le plus extraordinaire est
saintséraphin de
le grand transfiguré de l'orthodoxie
moderne et en effet le caractère le plus
remarquable de ce renouveau religieux
est la floraison du starchestvo ce qu'on
pourrait définir comme une paternité
spirituelle libre et créatrice plus
précisément le renouveau la
multiplication la manifestation ouverte
de cette paternité charismatique le
staret en russe en grec gueros le mot
signifie simplement ancien le staret
c'est un moine prêtre ou non cela n'a
aucune importance qui après toute une
vie d'obéissance d'humble travail de
prière a reçu le don de la prière
spontanée de la prière perpétuelle qui
s'identifie au battement même de son
cœur même quand il dort et par là
devient au sens orthodoxe un homme
apostolique un homme qui a reçu le don
de prophétie le don de guérison et
surtout ce discernement des esprits qui
lui permet de dire la parole qui
inquiète ou qui guérit de révéler le
péché secret le péché inconscient qui
empoisonne l'âme de déceler sous les
cendres le point vierge ou peut encore
jaillir la lumière le staret reçoit
l'ordre intérieur de renoncer à sa
solitude et les foules viennent vers lui
le starè représente donc l'événement
spirituel prophétique totalement libre
destiné à purifier l'institution
ecclésiastique il éveille les cœurs à
l'humilité et à l'amour il les libère
non seulement de l'indifférence ou de la
révolte mais aussi du formalisme du
ritualisme de toutes les formes du
pharisaisme ecclésiastique le staret
maer le staret Ambroise contemporain de
dostoyevski pour des raisons de santé ne
pouvait pas participer aux longs offices
monastiques et quand dostoyevski nous
montre le corps de zosima se corrompre
contrairement à l'attente générale je
dirais presque qu'il y a là
l'affirmation suprême de cette totale
liberté du staret par rapport à toutes
les formes de vénération traditionnelle
les stars il est facile de le comprendre
ont été souvent début persécuté par la
hiérarchie et par les grandes
communautés monastiques certains ont
animé une sorte de monachisme populaire
non réglementé celui notamment des
errants des pèlerins tel le pèlerin
maquer que peint dostoyevski dans
l'adolescent mais les plus grands ont
refusé une condition marginale qui
pouvait les séparer de la réalité
sacramentelle de l'église au profit d'un
spiritualisme déraciné et il se sont
fixés à proximité des grandes
communautés monastiques dans des sortes
d'Hermitage où vivait le le maître
spirituel librement choisi et quelques
disciples des ermitages qu'on appelait
selon la tradition du monatos des skites
et il en fut ainsi en particulier au
monastère d'Optino dont le skit se
trouve fidèlement décrit dans les Frères
Karamazov Optino qui a été le lieu de
prédilection pour cette paternité
spirituelle c'est devenu là une
tradition locale une sorte d'école qui a
formé quatre générations de stars chaque
staret formant son successeur en se
l'associant pendant de longues années
trois d'entre eux surtout compent
leéonide qui a vécu de 1768 à 1841 maer
de 1788 à 1860 et Ambroise de 1812 à
1891 le stares Léonide qui a introduit
dans la ligne de pasier veliskovski le
starasvo à Optino et qui a créé le skit
était un homme du peuple un homme rude
sans grand d' inststruction et dont
l'influence est surtout exercé sur le
petit peuple environnant mais tout
change avec le staret maer avec lui le
starchesvo d'Optino entre dans un
nouveau destin il s'ouvre au problèmes
de la culture au problèmes de la vie
sociale et politique de la Russie et
pour la première fois depuis Pierre
Legrand il comble cet abîme qui s'était
ouvert entre l'église et les milieux
cultivés de Russie macker était un homme
doux et pensif avec un sens esthétique
très développé il était porté aux études
il était porté à l'expression
intellectuelle de l'expérience
contemplative et il a joué ainsi un rôle
essentiel pour mettre au service de la
spiritualité cette intellectualité cette
rationalité que l'influence de
l'Occident faisait de plus en plus
pénétrer en Russie et qui revêtait
souvent le caractère d'un scientisme
profondément antireligieux sa prière
devenue perpétuelle lui permettait de ne
presque pas dormir chaque après-midi il
recevait des foules de visiteurs il
consacrait au travail intellectuel ses
soirées et ses matinées et il se
réservait pour la prière solitaire les
les he de la nuit depuis 2h du matin
jusqu'à 6h c'était un homme d'une très
grande humilité et il avait un sens aigu
de la beauté du monde il pratiquait ce
que les Pères grecs appellent la
contemplation spirituelle de la nature
la contemplation de la flamme des choses
du monde comme buisson ardent il se
réservait par exemple une heure de
solitude au jardin après le déjeuner un
jardin qu'il avait fait aménager un
jardin presque paradisiaque admirant
longuement chaque fleur et en hiver il
avait grande pitié des animaux il
s'occupait de leur donner nourriture en
protégeant les plus faibles des plus
forts et on pense ici à Marcel le frère
du staret zossima qui demandait pardon
aux oiseaux le starets maer a fait un
travail très important pour éditer en
traduction russe les grands textes
patristiques relatifs à la vie
spirituelle et ce travail il l'a fait
avec l'aide d'un des plus grands
philosophes russes de l'époque le
philosophe slavophile Jean kirievski
Jean kirevski se passionnait pour les
idées du romantisme et de idéalisme
allemand il se passionnait pour shelling
ou pour Bader et un jour sa femme qui
était une fille spirituelle du
staretmerer lui dit mais il me semble
que j'ai entendu parler de ces choses un
peu autrement mais tout de même les
mêmes préoccupations et par qui et bien
par le staret et Jean kirevski est allé
voir le staret et il a découvert en
effet dans cette pensée dans cette
tradition dans ce sens d'une
connaissance intégrale celle du cœur
intelligent dans ce sens d'une toute
présence des énergies divines il a
découvert au fond ce qu'il avait cherché
à travers la religiosité inquiète du
romantisme allemand et il n'a cessé de
collaborer avec le staretmerer c'est
aussi l'époque où Gogol s'est rendu à
Optino et il écrira au moine à chaque
instant il faut que ma pensée dépasse
les mesquineries de ce monde il faut que
je me trouve toujours à Optino en
gravissant la voix de mon pèlerinage
maer jugeait il jugeait les grands
problèmes de l'actualité mais il les
jugeait sur un plan spirituel dans une
perspective prophétique apocalyptique il
ne donnait pas de recette il changeait
les hommes il leur donnait une
inspiration un certain feu qui leur
permettait ensuite de servir
efficacement dans la cité le staret
Ambroise qui a collaboré avec le staret
maer et qui a continué son œuvre de
traduction le Starz roise a porté à son
apogée cette tradition de paternité
spirituelle à Optino son intelligence
approfondi affiné par la prière
perpétuelle s'était transformé en
clairvoyance il lisait dans l'âme comme
dans un livre un visiteur pouvait garder
le silence se dissimuler dans la foule
le starè connaissait néanmoins sa vie
l'état de son âme le mobile qu'il avait
amené il ne voulait pas manifester ce
don de clairvoyance et il posait
habituellement des questions à ses
visiteur mais parfois il se trahissait
ainsi un jour il répondit vivement à un
jeune homme un artisan qui se plaignait
d'avoir mal au bras oui tu auras mal au
bras pourquoi as-tu frappé ta mère le
plus souvent il se bornait à des
allusions discrètes en général sous une
forme humouristique une étudiante de
Moscou qui ne l'avait jamais vu le
traitit de vieil hypocrite poussée par
la curiosité elle vint un jour à Optino
et se plaça derrière les autres
visiteurs qui attendaient le staret
entre il va directement à elle
dit ah vous êtes venu voir le vieil
hypocrite après un long entretien la
jeune fille est devenue une de ces
filles spirituelles deux qualités
surtout me semble-t-il marquent la
clairvoyance d'Ambroise un sens aigu du
concret et une tendresse infinie un sens
aigu du concret car il semble que aucun
domaine ne lui était fermé il est de
plein pied avec le sénateur de la
capitale comme avec une paysane il s'est
parlé au savant à l'ingénieur au
technicien au philosophe on l'a surnommé
le staress de la vie active il a
toujours un conseil précis à donner à
l'un il donnera des indications
détaillées pour créer un système
d'irrigation et à une paysane des
conseils très précis pour que ces dindes
ne crève plus ne comprenez-vous donc pas
disait-il que pour elle toute sa vie est
liée à ses dindes éclapé de son âme
après tout le même prix que celle d'êtes
qui ont des exigences plus hautes cette
capacité d'attention se traduisait aussi
par une infinie tendresse il ne jugeait
pas il était toute compassion et tout
amour et c'est pourquoi les plus
misérables allaient à lui avec confiance
vers la fin de sa vie il disait souvent
à voix basse en haochant la tête j'étais
sévère au début mais maintenant je suis
devenu faible les gens ont tant de
douleur tant de douleur et il se
soucient surtout de vivifier de guérir
il manifestait de préférence son
attention et son amour aux êtres les
plus déchus les plus agressifs les plus
méprisé on pense au staret zosima devant
le vieux Karamazov il n'a jamais
désespéré devant l'immensité du mal et
de l'angoisse humaine et les incroyants
C chercheurs de Dieu si nombreux dans
l'intelligendia russe à la fin du siècle
dernier venaient vers lui toutes les
voix spirituelles de la Russie passe
alors par Optino non seulement
dostoyevski mais soloviov mais Leontiev
qui s'est fait construire une petite
maison dans l'enceinte du monastère et
il a vécu 15 ans mais Tolstoy mais
Rosanov et le témoignage est toujours
unanime aucun même ceux qui sont venus
avec l'esprit le plus critique aucun n'a
pu trouver quelque chose de négatif dans
la personne du staret sambroise Tolstoy
disait après après un entretien ce père
emroise est un vrai seint je n'ai fait
que causer avec lui et voilà que mon âme
se sent tout allégé c'est quand on parle
avec des hommes comme lui qu'on sent la
proximité de Dieu un autre écrivain
parlait de cet habit insondable d'amour
qui vivait en lui et Rosanov a conclu en
disant l'or a passé par le feu du
scepticisme sans rien perdre de son
éclat on comprend maintenant tout ce que
la pensée de dostoyes qui doit au
starchesvo cette vision de l'homme dans
sa profondeur par exemple et plus encore
me semble-t-il deux réalités
fondamentales qui n'en font qu'une le
sens aigu de la liberté spirituelle et
le sens non moins aigu le mystère de la
véritable paternité de la paternité dans
la liberté dans la tradition éicaste
actualisée par les stars dans ce qui me
semble-t-il a trouvé le sens vivant du
mistère père fils comme relation qui
libère et qui construit et qui est
peut-être la seule réponse à cette
relation égalienne MAÎTRE ESCLAVE qui
est devenue depuis le 19e siècle une des
racines de la révolte et de l'athéisme
moderne et après tout tout le roman des
Frères Karamazov et c'est la tragédie du
père qui recoupe l'expérience
personnelle de dostoy et tout le roman
oscile entre le vieux Fyodor Karamazov
le père déchu le père qui dégrade le
père qui provoque la révolte et la haine
et le staret zossima le père élu pour
l'initiation de l'esprit et pour la
bénédiction de la vie pourtant les
moines d'Optino ne se sont pas reconnus
dans le personnage de zosima et
dosoyevski lui-même n'a nullement
prétendu faire avec zosima un portrait
du staret sroise pour deux raisons me
semble-t-il que je voudrais brièvement
indiquer pour finir
la première c'est que la spiritualité
sobre dépouillée liée à une asèse
incessante des startid Optino ne
coïncidait pas entièrement avec le
christianisme de dostoyevski qui est à
la fois plus cataclysmique et plus
dionysiaque dostoyevski se situe dans
une autre dimension de la spiritualité
orthodoxe moins johannique dirais-je et
plus polinienne et dont le représentant
le plus remarquable en Russie fut au 18e
siècle saint icon de zadonque l'œeuvre
de saintcon a d'ailleurs profondément
marqué de dostoevski qui s'est servi des
écrits de cet évêque devenu un humble
moine pour rédiger les enseignements du
staret zosima comme pour créer le
personnage de l'évc titicon dans Les
Possédés il y a en effet chez saintticon
une expérience de l'angoisse et de la
conversion de l'angoisse en joie en
confiance totale qui est très
dostoyevskien de même qu'il y a un
sentiment de la présence de Dieu dans le
cosmos une insistance sur la
résurrection de la chair sur la
Transfiguration universelle qui ont
certainement aider dostoyevski à assumer
dans le christianisme sa mystique de la
terre sa mystique de la Grande Mer dont
parle la Boiteuse et l'autre raison
c'est que dostoyevski est un créateur et
que sa création revit parfois dans le
domaine spirituel un caractère
prophétique il me semble que dostoyevski
a entrevu des formes d'athéisme des
abîmes d'angoisses et de décomposition
que ne rencontrait peut-être pas encore
les starti d'Optino mais que nous voyons
ont s'affirmer en notre siècle il me
semble qu'il a entrevu aussi des formes
nouvelles de vie spirituelles liées à
des sociétés entièrement sécularisé où
les formes traditionnelles du monachisme
ne peuvent guère survivre un monachisme
dans le siècle un monachisme intériorisé
celui d'Aliocha un monachisme pour la
Transfiguration quotidienne de la vie et
comme l'écrivait en 1906 Rosanov
dostoyevski nous apparaît comme un starè
rêveur dont l'analyse pénètre les
trèfonds de l'être humain et dont
l'imagination crée des univers
radicalement nouveaux et des formes de
relation entre les hommes qui jamais
encore n'ont été senti et expérimenté
lui-même nomme cela un rêve un rêve mais
précise aussitôt que ce rêve est plus
réel que toute réalité qui sait si ces
idées du chrétien dostoyevski ces idées
impossibles irréalisables ne trouveront
pas leur champ d'action lorsque surgira
une toute neuve
civilisation
[Musique]
il a été fait allusion dans notre
émission à cette sorte d'illumination
qui s'était produite pour le jeune
novice alyocha karamasov dans le
monastère où venait de mourir le père
zossim c'est ce chapitre intitulé Cana
en Galilée que Renault Marie va nous
faire entendre dans une traduction
inédite de Michel
Baya il se fit des noces à Cana en
Galilée et la mère de Jésus y était
Jésus aussi fut convié au nos avec ses
disciples or le vin venant à manquer
dostoyevski a fait de SOS de Kana le
départ de la nouvelle mission religieuse
d'alios
àakaramasov le staret zossim est mort le
novice alyocha avait pris ce saint
mooine pour directeur spirituel mais il
pensait comme les gens du peuple en
Russie que les corps des saints ne se
décomposent pas après la mort aussi
a-t-il été troublé dans sa foi lorsque
veillant auprès de la dépouille du père
zossim que vénère tout un peuple accouru
au monastère il a senti comme les autres
une odeur déléère se dégageer
prématurément du cadavre celui-ci à
peine mis en bière l'événement a fait
scandale les partisans du staretz en ont
été humiliés chagrinés les autres ses
ennemis en sont ravis car observe
dostoyevski citant un mot profond de
Osim le pêcheur aime à constater la
chute du juste
alyocha dans un moment de révolte et de
dégoût a quitté monastère il a même
suivi l'impie séminariste Rakitine chez
grosenka cette fille légère s'est assise
sur ses genoux et elle a parlé de
prendre un couteau pour aller à la
rencontre d'un homme mais alyocha a
retourné le cœur de cette pauvre fille
parce qu'il l'a appelé sa sœur furieux
rakitin a injurier alyocha alors
karamasov est sorti de la ville et a
regagné le monastère par les
champs il était déjà très tard pour le
monastère lorsque alyocha arriva à
l'Ermitage le frère portier
l'introduisit par une entrée
particulière
9h avait sonné l'heure du repos et de la
paix après une journée qui avait été
pour tous si agité si
bouleversante
alyocha poussa timidement la porte et
pénétra dans la cellule du staret où se
trouvait maintenant son
cercueil il n'y avait
sauf le père paisius qui lisait
l'Évangile devant le cercueil et le
jeune novice porphy épuisé par les
entretiens de la dernière nuit et toutes
les émotions de la
journée il dormait du profond sommeil de
la jeunesse couché par terre dans la
pièce
attenante le père paesius bien qu'il eut
entendu entrer
alyocha ne détourna même pas la tête
alyocha s'agenouilla dans un coin à
droite de la porte et se mit à
prier son âme
débordait mais ses impressions
demeuraient confuses l'une chassant
l'autre dans une sorte de mouvement
giratoire régulier et
paisible son cœur était rempli de
douceur et chose étrange il ne s'en
étonnait
pas de nouveau il voyait devant lui ce
ccueil ce défun infiniment cher enfermé
de tous
côtés mais la torturante et lancinante
pitié pleine de larmes qui l'avait
tourmenté toute la matinée avait
disparu aussitôt entré il était tombé à
genou devant le cercueil comme devant
une chose sacrée et le
bonheur le bonheur rayonnait dans son
cœur et dans son esprit
une des fenêtres de la cellule était
maintenant ouverte un air pur et frais
pénétrait à
l'intérieur mais cette pensée de l'odeur
délétare qui lui avait quelques heures
auparavant semblé si horrible si
humiliante ne réveilla plus en lui la
même angoisse ni la même
révolte il se mit à prier
doucement mais bientôt se rendit compte
qu'il priait presque machinalement des
bribes d'idées passait dans son âme
s'allumait comme de petites étoiles pour
s'éteindre aussitôt remplacé par
d'autres mais dans son âme régnait
quelque chose de fort d'unique comme une
certitude totale et dont il avait
conscience par instant il se mettait à
prier avec ardeur il avait besoin de
remercier
d'aimer mais ayant commencé une prière
sa pensée glissait vers un autre objet
il s'absorbait perdait le fil de sa
prière et la cause de sa distraction il
voulait écouter ce que lisait le père
paesius mais épuisé de fatigue il
tombaaiit peu à peu dans la somnolance
et le troisième jour il se fit des noces
à Cana en Galilée et la mère de Jésus y
était Jésus aussi fut convié au nos avec
ses
disciples les
Noos qu'est-ce que c'est les
No pensé tourbillonnent dans l'esprit
d'Aliocha
elle aussi est heureuse elle est allée à
un festin mais elle n'a pas emporté le
couteau pas le
couteau ce n'était qu'un pauvre petit
mot il faut toujours pardonner les
pauvres petits mots il soulage notre âme
sans eux la peine des humains serait
trop
lourde Rakitine a pris la ruelle tant
que Rakitine ressassera ses grillfes il
prendra toujours la ruelle mais la route
mais la grande route est droite inondée
de lumière cristalline avec le soleil au
bout
ah qu'est-ce qu'on lit et le vin venant
à manquer la mère de Jésus lui dit ils
n'ont point de vin ah oui j'ai laissé
passer le commencement je le regrette
j'aime tellement ce passage les noces de
Cana le premier miracle ah ce miracle ah
ce cher miracle ce n'est pas la douleur
mais la joie humaine que le Christ a
visité faisant son premier miracle il a
renforcé la joie des hommes celui qui
aime les hommes aime leur joie le défunt
nous le redisait sans cesse c'était une
de ses idées principales mitiia aussi
disait on ne peut vivre sans
joie ou m tien tout ce qui est vrai et
beau est toujours plein de miséricorde
cela aussi il le disait Jésus lui dit
femme qu'y a-t-il entre toi et moi mon
heure n'est pas encore venue et dit sa
mère à ceux qui servaient faites tout ce
qu'il vous dira
faites donnez la joie la joie à des
pauvres très pauvres gens assurément
pauvres puisque à leur noce le avait
manqué les historiens écrivent que près
du lac de genzarth était alors disséminé
dans toute cette région la population la
plus pauvre qu'on puisse imaginer mais
le grand cœur de cet autre être
mystérieux qui était là à présent sa
mère savait qu'il n'était pas seulement
descendu pour l'accomplissement de sa
terrible et souveraine mission mais que
son cœur pouvait comprendre l'innocente
gîeté des gens simples et ignorants des
pourvu de malice qui tendrement l'avait
invité à leur modeste
noce mon heur n'est pas encore venu il
avait dit cela avec un sourire
certainement il avait dû lui sourire
avec douceur
mais en réalité étaitce pour augmenter
la quantité de vin à de pauvr noces
qu'il était descendu sur la
terre mais voilà il est venu et a fait
ce qu'elle lui demandait
ah voilà on lit la suite Jésus leur dit
remplissez d'eau ses urnes et il les
remplirent jusqu'au bord alors Jésus
leur dit puisez maintenant et portez-en
au maître du festin et il lui
emportèrent dès que le maître du festin
eut goûté l'eau changée en vin ne
sachant d'où venait ce vin quoique les
serviteurs qui avait puisé l'eau le SUS
bien il interpella l'épou et lui dit
tout homme ser d'abord le bon vin et
après qu'on a bu abondamment il sert le
moins bon mais toi tu as réservé le bon
vin jusqu'à
maintenant mais
qu'arrive-t-il qu'arri-t-il pourquoi la
salle s'agrandit-elle ah oui ces murs
semblent reculés ce sont les noces le
mariage oui bien sûr voici les invités
les jeunes époux assis la foule
joyeuse mais où est le trèssage maître
du festin qui est-il
qui les murs de la salle reculent
encore qui donc se lève là-bas à la
grande table comment lui aussi est
ici mais il était dans le cercueil il
s'est levait il m'a vu il vient vers moi
Seigneur
oui il s'approche il s approche de lui
le petit vieillard sec avec son visage
sillonné de ride il est tout joyeux et
il rit
doucement le cercueil a disparu il porte
les mêmes vêtements que ceux qu'il
portait encore hier lorsque ses amis
s'étaient réunis dans sa
cellule son visage est
découvert ses yeux
rayonnent
alors lui aussi est au banquet lui aussi
a été invité au no de Cana en Galilée
oui moi aussi mon chéri j'ai été appelé
appelé et
convié il entend la voix de Zosim
au-dessus de
lui pourquoi te caches-tu dans ce coin
on ne te voit pas toi aussi viens avec
nous c'était sa
voix la voix du staret Zosim et c'est
bien lui puisqu'il
m'appelle le vieillard prit alyocha par
la main et il se releva de son
agenouillement
réjouissons-nous buvons le vin nouveau
le vin du bonheur nouveau
immense voici l'époux et l'épouse voici
le très sage maître du banquet il goûte
le vin nouveau pourquoi me regardes-tu
avec étonnement j'ai donné une toute
petite aumone et me voici ici et
nombreux parmi ceux qui sont ici n'ont
donné qu'une petite omone une seule
petite
omone que sont nos œuvres et toi mon
doux mon Pacifique enfant tu as su
donner aujourd'hui une homone à celle
qui avait faim et
soif commence mon bien-aimé commence ton
œuvre
et vois-tu notre Soleil le
vois-tu
j'ai
peur je n'ose pas regarder balbu yocha n
pas peur de
lui sa Majesté nous
effraie sa grandeur nous terrifie mais
sa miséricorde n'a point de
borne par amour pour nous il s'est fait
semblable à nous et il se réjouit avec
nous il change l'eau en vain pour ne pas
interrompre la joie des invités et il
attend d'autres invités
sans cesse il en appellera d'autres et
cela jusqu'à la fin du monde voici qu'on
apporte le vin nouveau tu vois les
coupes quelque chose brûlait dans le
cœur d'Aliocha quelque chose
l'oppressait jusqu'à la souffrance des
larmes de bonheur s'échappaient de son
âme il étendit les bras poussa un cri et
se
réveilla de nouveau le cercueil la
fenêtre ouverte et la tranquille grave
et lente lecture de
l'Évangile mais àocha n'écoutait pas ce
qu'on
lisait chose étrange il s'était endormi
à genoux et maintenant il se tenait
debout et soudain arraché à sa place en
trois pas rapides et fermes il
s'approcha du cercueil même en passant
il heurta l'épaule du père païius sans
le remarquer celui
leva le regard sur lui mais le détourna
aussitôt comprenant qu'il était advenu
au jeune homme quelque chose de
singulier
alyocha considéra le cercueil pendant un
bref instant le mort tout recouvert
étendu immobile avec une icône sur sa
poitrine et son capuce surmonté de la
croix à huit
branches il y avait à peine un moment
qu'il avait entendu sa voix et cette
voix raisonna encore dans ses oreilles
il se penchait attentif il espérait
encore des paroles puis brusquement
faisant volte face il sortit de la
cellule il ne s'arrêta pas sur le perron
mais descendit vite au jardin son âme
brûlée de transport avait soif de
liberté
d'espace au-dessus de lui la voûte
céleste avait renverser son immense
coupole pleine de paisibles étoiles
saintillantes du Zénit jusqu'à l'horizon
s'étendait la double voie lactée encore
distincte la nuit fraîche et tranquille
jusqu'à l'immobilité enveloppait la
terre les tours blanches et les coupoles
dorées de l'abaye étincelaient sur un
ciel de
saphir les opulentes fleurs d'automne
dans les parteres le long de la maison
restaient endormies jusqu'au
matin le silence de la terre paraissait
se fondre avec celui du ciel
et le mystère de la terre touchait celui
des étoiles
alyocha
immobile
regardait et soudain comme fauché il se
prosterna il ignorait pourquoi il
étraignait la terre il ne comprenait pas
pourquoi il avait soif de l'embrasser de
la couvrir de baiser en pleurant mais
ses baisers étaient mêlés de larmes et
de sanglot et il promettait éperdument
de l'aimer toujours de l'aimer jusqu'à
la fin du monde tu arroseras la terre de
larmes de joie et tu aimeras tes larmes
ses paroles retentissaient dans son âme
sur quoi pleurait-il au milieu de son
ravissement ah il pleurait même sur ces
étoiles qui sintillaient pour lui du
fond de leur abîme et il n'avait pas
honte de cette exaltation il lui
semblait que tous les fils de tous ces
mondes innombrables convergeent dans son
âme et elle était toute vibrante au
contact de ses autres mondes il aurait
voulu pardonner à tous et pour tout et
demander pardon or non pas pour lui mais
pour tous les autres pour tous et pour
toutes
choses les autres l'imploreront pour moi
ces mots aussi lui revenaient de plus en
plus il sentait clairement et comme
tangiblement quelque chose de ferme et
d'inébranlable pareil à ce firmament qui
descendait dans son
âme une idée s'emparait de son esprit
pour toute sa vie et à
jamais il s'était prosterné faible
adolescent et il se releva un lutteur
virile et cela pour
toujours il en eut conscience à la
minute même de son exaltation et jamais
de sa vie entière alyocha ne put oublier
cet instant
mon âme a été visitée à cette heure
disait-il plus tard en croyant de toute
sa foi à la vérité de ses
parole 3 jours après il quitta le
monastère conformément à la volonté du
staretz qui lui avait ordonné de
séjourner dans le
monde
[Musique]
comme chaque samedi France Culture vous
a présenté anal spectrale de
l'Occident aujourd'hui
dostoyevski par Stanislas
fumet avec le concours de Constantin
andronikov Dominique Arban Olivier
Clément Paul EVD kimov Nina gourfinkel
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