0:30
L' idée est venue de réaliser un film sur
le quotidien à Kankan
0:35
résidant pour la seconde année
consécutive dans cette région de Haute-Guinée
0:39
j'avais décidé de m'établir à kankan
0:42
après un long séjour
dans un village de brousse
0:45
Mais comment amener les gens
à parler de leur quotidien ?
0:49
la solution la plus simple semblait être
de reprendre à mon compte
0:52
l'idée de Jean Rouch et Edgar Morin dans
Chroniques d'un été :
0:56
Poser des questions sur le bonheur
1:00
Moustapha Kallo, étudiant la
sociologie à l'université de Kankan
1:04
m'assistait dans mes recherches en jouant le rôle de traducteur lors de certains entretiens
1:10
Il a accepté de
m'aider dans la réalisation de ce film
1:13
et nous sommes lancés dans l'aventure,
en partant à la rencontre des kankannais
1:29
S'il vous plaît, nous voudrions vous interroger,
1:31
Pouvez-vous vous présenter à la camera
et nous dire ce qu'est le bonheur pour vous ?
1:35
Moi, je m'appelle Issa Magassouba
1:37
Pour moi le bonheur, c'est le travail.
1:41
Travailler pour obtenir quelque chose qui est à toi
1:44
Travailler pour être utile à tes parents, et pour toi
1:47
Le travail, c'est du bonheur !
1:52
Ce qu'est le bonheur pour moi ?
1:54
Ce sont les bonnes conditions de vie en général
1:57
Que les gens aient de bonnes conditions de vie
2:02
Que chacun puisse avoir sa part
de bonheur dans le pays
2:05
C'est le bonheur que je souhaite
2:09
Le bonheur pour moi, si Dieu te donne la joie
2:12
Ou si une surprise m'est faite,
pour moi : c'est ça le bonheur
2:17
C'est comme cela que je peux l'expliquer
2:20
Si on te donne quelque chose d'inattendu
ou quelque chose de bien t'arrive sans crier gare
2:24
Alors tu diras que c'est du bonheur
2:26
Kaira (le bonheur)...
Ah !
2:30
Comment je vais dire ça ?
2:34
C'est quand tu es content...
2:36
Tu es heureux...
C'est ça le bonheur.
2:39
Quand tu as la richesse, par exemple...
2:42
Tu vis paisiblement avec ta famille !
2:46
C'est Dieu qui... Qui est...
2:50
Le bonheur...! Qu'est-ce que ?
Il faut reposer ta question encore !
2:52
Le bonheur a beaucoup de significations
2:55
Là, tout de suite même : c'est un cas de bonheur !
2:59
Le bonheur pour moi, c'est :
acheter des objets pour les revendre
3:02
Cela me permet d'acheter de quoi manger
3:05
La nourriture, c'est le bonheur pour toi ?
3:06
C'est la nourriture mon bonheur,
Il n'y a rien de plus important que ça.
3:11
Se marier, ou autres choses : cela vient après.
Il n'y a rien de plus important que de bien manger
3:16
Après la santé, il faut avoir la chance
afin de pouvoir gagner de quoi bien manger
3:23
Si tu as la chance de gagner de l'argent
3:27
Alors il te sera facile de te nourrir.
3:31
Après cela : que tu aies la chance de trouver
la personne qui te donne la paix du coeur
3:36
La personne qui te donne la paix du coeur...
3:39
Le bonheur ? Dans le monde terrestre ?
3:42
Le bonheur : c'est la paix du coeur.
3:47
Si ton coeur est en paix : c'est un grand bonheur.
3:50
Qu'est ce qui peut apaiser le coeur d'un homme
et faire en sorte qu'il soit heureux ?
3:56
Ce qui peut rendre le coeur d'un homme paisible ?
3:59
Tu vois, si tu vis dans un pays : ce pays est paisible.
4:03
Si ce pays est paisible, après :
on y trouve facilement à manger
4:07
Et tu pourras réussir à faire quelques économies
4:10
Bon, si tout cela se fait : ton coeur est paisible
4:12
Avoir sa famille en bonne santé,
et être soi-même en bonne santé
4:16
Avoir la paix du coeur et avoir à manger
4:20
Que tu aies la chance
4:23
Cela c'est du bonheur
4:25
Après : être d'accord avec les gens
4:28
Être d'accord avec tes voisins,
être d'accord avec tout le monde...
4:31
Ne pas t'énerver, ne pas faire d'histoires...
4:33
Être d'accord avec tout le monde
4:35
Si tu fais ça : tu vas bien traverser la vie.
Tu ne souffriras pas dans la vie
4:40
Un individu aspire à bien manger
4:45
il aspire à se soigner dans les bonnes conditions
4:49
il aspire à être bien logé
4:52
Donc quand on satisfait ces besoins,
4:57
c'est comme si on est vraiment...
4:59
on est dans le bonheur
5:01
- Le plus important pour vous, c'est la santé ?
- C'est la santé !
5:05
Pour moi, le principal c'est la santé !
5:08
Si tu es en bonne santé, Dieu merci, tu peux tout faire
5:10
Et le bonheur peut venir vers toi
5:13
Mais si tu souffres : c'est difficile
5:16
Pour moi le bonheur...
5:21
le moral, et la santé
5:26
en dehors du bien-être
moral et du bien-être physique
5:32
Le reste du bonheur... ne rime à rien
5:42
le bonheur c'était donc : avoir la santé,
avoir un travail, avoir à manger
5:49
voilà où se trouvait le bonheur :
5:51
il se trouvait dans la possibilité de vivre une vie
5:59
après avoir demandé la définition du bonheur,
6:02
il était logique de demander
si tout le monde était heureux
6:12
Et est ce que tu es heureux aujourd'hui ?
6:15
Je suis heureux de ma façon,
puisqu'il faut le dire ainsi...
6:17
Je suis heureux de ma façon,
dans la mesure où :
6:21
je me nourris, ma santé est là,
6:24
j'étudie... normalement.
6:28
Et je gagne de quoi manger !
6:31
Tu vois ? C'est mon bonheur, à ma façon.
6:34
Je ne peux pas dire que c'est le bonheur universel
6:38
Mais bon, pour moi :
je suis heureux à un certain niveau.
6:42
Est-ce que vous êtes heureux aujourd'hui ?
6:46
Je peux dire que je suis heureux aujourd'hui,
puisque je comprends le travail que j'exerce...
6:51
Je travaille le fer et je suis à la recherche
des moyens me permettant de faire ce travail
6:56
Je suis à la recherche de ces solutions
6:59
Est-ce que l'on peut dire que vous êtes heureuse ?
7:01
Je peux remercier Dieu
7:04
Pour quelles raisons remerciez-vous Dieu ?
7:06
Pourquoi je peux remercier Dieu ?
7:08
Parce que j'ai la santé,
Dieu m'aide dans les activités que j'exerce
7:12
J'exerce mes activités et j'en tire un petit profit
7:17
Je rapporte ce petit bénéfice à la maison,
et je peux nourrir mes enfants.
7:22
Diriez-vous que vous êtes heureux ?
7:24
Moi, aujourd'hui, je remercie Dieu
7:27
Tu peux le dire. Parce que j'ai la santé...
7:30
J'ai mes deux bras et mes deux jambes,
donc : je suis heureux.
7:32
Comment est-ce que tu vis dans le bonheur ?
Tu as la nourriture, tu as la santé...?
7:39
Hein ? Oui, je suis heureux.
7:45
Parce que... Parce que...
Parce que j'ai mes mamans !
7:54
Je ne suis pas très heureuse actuellement
7:56
parce que mes enfants ne sont pas près de moi
7:59
Je ne suis pas d'ici,
mon mari est à Siguiri...
8:03
Je ne suis pas ici chez mon père...
(sa région natale)
8:04
Mes enfants se trouvent aussi là-bas
8:06
J'ai ce souci : comment voir mes enfants ?
8:10
Mon mari ne me manque pas...
Ce sont mes enfants qui me manquent.
8:12
Comment faire pour voir mes enfants ?
Vraiment, aujourd’hui : je souffre...
8:15
Ici, je suis bien logée, je mange bien,
on ne me frappe pas, je ne suis pas insultée
8:21
Je fais tout ce que je veux
8:23
Mais si je pense à mes enfants,
cela me brise le cœur
8:27
Si je pense à ça : comment voir mes enfants
8:30
Cela me brise le cœur
8:34
Aujourd'hui, je remercie Dieu
8:37
J'ai la santé, et si j'ai cela :
8:40
Je travaille, et je n'ai pas d'autre souffrance
8:43
Dieu me donne à manger chaque jour
8:46
J'ai la paix du cœur
chez mon père dans ma demeure
8:51
Ah... Moi je ne suis pas tout à fait heureux
Parce que je ne suis pas encore marié
8:54
Pour l'instant, je peux quand même me nourrir.
Mais je ne suis pas encore vraiment heureux...
8:59
Bon, quant à moi je dirais que c'est relatif,
9:03
puisque, comme dirait l'autre :
on est jamais satisfait
9:07
puisqu'il y a d'autres aspirations encore,
qui ne sont pas encore...
9:13
qui ne sont pas encore atteintes
9:14
Mais je pense que, à l'heure où nous sommes
9:18
il y a quand même le strict minimum vital
9:27
donc je pense que le bonheur est là
9:31
Toi, on peut dire que tu es heureuse ?
9:34
Présentement, je ne peux pas dire
que je suis heureuse
9:38
Parce que je ne suis pas mariée d'abord,
j'ai pas fini mes études...
9:41
Donc je peux pas dire réellement
que je suis heureuse pour le moment
9:46
Bon moi, personnellement, j'ai
9:51
c'est-à-dire une concession
9:54
j'ai Madame à la maison,
9:58
je parviens vraiment à satisfaire
leurs besoins et les miens
10:04
tout comme la famille paternelle
parce que chez nous c'est la famille élargie
10:08
Il y a sa propre famille, et la famille paternelle
qu'il faut aussi prendre en charge
10:12
Donc je parviens vraiment à satisfaire
les besoins de toutes ces personnes
10:16
Et... Vraiment, je me sens heureux aujourd'hui
10:21
Maître, est-ce que vous êtes heureux ?
Avez-vous la paix du coeur aujourd'hui ?
10:24
Non, moi je n'ai pas la paix du coeur !
10:27
Pourquoi ?
Vraiment, lorsque je me couche le soir,
10:30
c'est avec le souci de savoir comment
nous pourrons trouver à manger le lendemain
10:34
Bon... J'ai une famille à charge.
Vraiment, je suis fatigué.
10:38
Mère, est-ce que Kankan est agréable à vivre ?
10:41
Kankan est doux à vivre !
(" Kankan douman ")
10:43
Il n'y a pas de guerre à Kankan.
10:46
Kankan est paisible,
pas de querelles ici : nous vivons bien.
10:49
Peut-on dire que Kankan est
une ville agréable à vivre ?
10:52
Moi je peux dire que Kankan est "doux"
10:54
puisque je ne rencontre pas de difficultés
10:57
Je ne suis pas dans le désespoir
10:59
Je vois les gens dans leurs activités,
et chacun se débrouille
11:05
Kankan est doux,
c'est vrai : Kankan est doux
11:14
Kankan est doux,
c'est vrai : Kankan est doux
11:20
Depuis que je suis arrivé à Kankan,
je n'ai vu que de l'amour
11:23
Quand la fête de Tabaski s'annonce,
tout le monde vient à Kankan
11:28
Pour les fêtes de la mare,
tout le monde vient à Kankan
11:32
Kouroulamini, Baro, Kourala...
Tout le monde vient à Kankan
11:36
Les gens quittent les pays des blancs
pour venir jusqu'à Kankan
11:40
Les blancs sont à Kankan,
les malinkés, les soussous, les peuls...
11:44
Les forestiers...
On voit tous ces gens à Kankan
11:46
Kankan est doux,
c'est vrai : Kankan est doux
11:54
Oh, tu as dis la vérité MC Condé, mon Dieu
12:01
Les soussous sont à Kankan,
Kankan est doux
12:05
Les peuls sont à Kankan,
Kankan est doux
12:10
Alhassane Paley Diallo est à Kankan,
Kankan est doux
12:14
Les malinkés sont à Kankan...
Dalamon, Tabaski, Mamaya sont à Kankan
12:23
Les pêcheurs sont à Kankan
12:25
Il y a les chasseurs dans la région de Kankan
12:28
Par Dieu, tu ne le sais pas mais c'est vrai.
Moi je la respecte au nom de la Baraka :
12:31
Je remercie la région de Kankan, sincèrement
12:35
Kankan est doux,
c'est vrai : Kankan est doux
12:44
Moi, grand, comme tu es engagé auprès de nous
12:47
Dieu merci ! Que Dieu te donne
une longue vie ainsi que la santé !
12:50
Aujourd'hui, je suis à Kankan,
mais je ne suis pas né ici.
12:55
Je suis né au Libéria, dans ce pays anglophone
12:58
- Ah, on parle l'anglais là-bas ?
- Oui, c'est l'anglais que l'on parle là-bas
13:01
J'ai grandi là-bas...
13:03
Mais j'étais en retard,
car je vivais en brousse
13:05
Parce que je n'étais pas chez mon père
13:07
Tu parlais le malinké là-bas ?
13:08
Non, je ne comprenais pas le malinké
13:10
Dieu merci, à Kankan :
j'ai pu parler la langue de mon père
13:14
Nous sommes de Makönön
13:16
Depuis combien d'années êtes-vous ici ?
13:17
C'est notre cinquième années qui vient ainsi
13:20
Mais tu parles bien malinké maintenant !
13:22
Je parle en malinké, et je chante en malinké !
Grâce à Dieu, et grâce à Kankan
13:27
Mais : Kankan est doux, Kankan est doux...
13:29
On peut parler de Kankan !
13:31
Voici mon ami Furo !
13:34
Ce qu'il connaît en musique, je ne le connais pas
13:37
Mais grâce à la parenté, et grâce à la parole :
nous avons décidé de travailler ensemble
13:41
Et grâce à la douceur de Kankan !
13:44
Quand je suis arrivé à Kankan,
je ne connaissais pas le dalamon
13:47
Je ne connaissais pas le Mamaya,
13:49
Kouroulaminin, je ne connaissais pas ces choses
13:52
Depuis que je suis ici :
La danse du dunumba, c'est très bien
13:57
La danse des enfants (mendiani),
c'est très bien !
14:00
On fait galoper les chevaux ici,
à Cherifoula pendant le Mamaya...
14:03
Les blancs viennent de partout dans le monde...
Et ils arrivent jusqu'à Kankan
14:07
Tu vois des blancs, tu vois des noirs
14:09
Tu vois des choses
que tu n'as pas l'habitude de voir
14:12
Alors, Kankan c'est doux !
14:14
Si tu vas à la mosquée pendant la prière,
tu verras beaucoup de personnalités !
14:19
Ah grand ! Tu l'as dit !
Le jour de la fête, si tu vois les gens à la mosquée
14:23
Tu vas aimer Kankan !
14:25
Si tu vois les chrétiens au moment de leur fête
14:28
Si tu vois les gens à l'église,
tu vas aimer Kankan. Donc : Kankan c'est bon !
14:32
Par exemple, c'est une preuve comme cela !
Là tout de suite, nous sommes en train de parler
14:38
Nous avons vu quelque chose ici,
que nous n'avons pas l'habitude de voir
14:42
Parce que nous sommes venus,
et nous nous sommes fait enregistrer
14:46
Et de nous voir directement dans un film,
le jour même, sans attendre deux ou trois jours
14:51
En un instant, sur le champ !
Donc, cela se voit à Kankan !
14:55
ça c'est un miracle à Kankan ! C'est pourquoi,
je dis dans ma chanson que Kankan est doux
14:59
Parce que si tu veux faire cela ailleurs,
tu vas rester longtemps sur cette affaire !
15:03
Ah vraiment, Furo ! Attends, je veux dire un mot
Ils disent dans la chanson :
15:07
"Je vais chez moi, on est mieux chez soi...
Si l'on a rien fait de mal !"
15:12
Ouais ! C'est la vérité !
J'ai su cela à Kankan !
15:16
On peut te chasser chez les autres,
mais on ne peut pas te chasser de chez toi !
15:21
Il faut nous regarder aujourd'hui !
On est filmé... On parle...
15:23
Depuis que je suis né, cela ne s'était jamais fait !
Mais cela s'est produit pour moi à Kankan !
15:25
Par la grâce de Kankan
15:26
Grâce à Kankan, Dieu...
Et grâce à ton respect, Alhassane !
15:42
La ville de Kankan était agréable à vivre
15:45
sous ses longues allées de manguiers
ou de flamboyants
15:48
On vivait à Kankan comme dans un grand village
15:52
La ville avait servit de havre de paix aux populations
vivant au Libéria ou en Sierra Léone
15:57
ainsi qu'aux populations guinéennes vivant dans les zones frontalières avec ces pays
16:01
et qui avaient fuit de longues séries
d'incursions rebelles jusqu'en 2003
16:06
Ces arrivées massives avaient d'ailleurs augmenté de manière conséquente la population de la ville
16:12
Cependant, aucun changement n'avait été apporté dans ses infrastructures
16:18
Malgré le fait d'aimer la ville et ses habitants,
16:21
il apparaissait évident que la vie y était particulièrement difficile
16:37
Est-ce qu'il y a le bonheur à Kankan, à ton avis ?
16:39
Actuellement à Kankan, à mon avis...
16:48
Moi je remercie Dieu...
16:49
Mais il n'y a pas de bonheur à Kankan...
16:51
C'est sincèrement difficile !
16:55
Est-ce que l'on peut dire que Kankan
est une ville agréable à vivre ?
17:01
Ah, ceux qui vivent bien...
Ceux-ci peuvent dire que Kankan est doux
17:05
Mais nous qui sommes à la recherche
de nourriture, nous ne pouvons pas le dire
17:09
Parce que certains gagnent,
et d'autres ne gagnent pas...
17:12
Nous, nous travaillons actuellement...
Mais nous ne gagnons rien
17:16
D'abord moi, je commencerai par vous dire
que le 2ème nom de Kankan c'est : Nabaya
17:20
Ce qui signifie : "ville d'accueil"
17:22
Ce qui signifie que : Kankan, l'étranger vit à l'aise
17:27
C'est à dire : est bien accueilli par les autochtones
17:30
Moi je suis là depuis 10ans et je n'ai pas trouvé de
difficultés auprès des autochtones de Kankan
17:36
Et parfois même, je vais jusqu'à
me considérer comme un autochtone
17:42
Parce que vraiment, ils m'ont permis
de mieux vivre à Kankan
17:47
Mais quand même : les difficultés sont là
17:51
Les difficultés, même les autochtones
vraiment en sont victimes
17:56
Parce que, Kankan...
17:59
D'abord c'est une zone de savane
18:03
Donc une zone très proche du Sahel
18:07
Donc le manque d'eau vraiment est là
18:10
Et les autres l'ont déjà dit : le courant n'y est pas
(il n'y a pas d'électricité)
18:14
Cela n'existe qu'en points isolés
18:19
Chez certains qui se sentent "à l'aise",
18:21
Un exemple que je cite : Monsieur Sylla, qui est là
18:24
Qui a un groupe personnel, à lui, à la maison
18:27
Donc vraiment ça lui permet d'avoir le courant
et de faire fonctionner certains de ses appareils
18:34
Et, en plus de cela...
18:37
ce qu'il faut quand même mentionner c'est que :
18:40
la communauté, à 70% ou à 75%
18:46
vit vraiment dans la pauvreté
18:51
Depuis là, j'ai trouvé certaines choses : l'hospitalité
18:55
ça c'est une chose qui est
commune à tous les africains
18:59
Partout, il y a l'hospitalité
19:00
Et, il y a la gentillesse...Tout ça c'est dans l'hospitalité
19:05
Mais la vie quotidienne des populations de Kankan
19:11
Sincèrement, comme on le dit :
c'est une vie de "débrouillardise"
19:16
C'est une économie de subsistance :
les gens ne cherchent que ce qu'ils mangent
19:21
Et la qualité aussi... Ce qu'on mange, ce n'est pas riche en vitamines, ça ne suffit pas ni en qualité ni en quantité.
19:28
Là, les gens vivent vraiment un peu "malheureusement"
19:31
Si tu prends les 100% des Kankannais,
19:35
peut-être 10% seulement ont l'électricité,
19:38
10% ont accès à l'eau potable,
19:40
peut-être 5% ont accès à la télévision...
19:44
Est-ce que tu vois ?
19:45
Donc ça c'est pas du...
On ne vit pas très heureux quoi...
19:49
Même si ils ont leur liberté de se mouvoir, mais ça :
c'est pas ça la liberté, c'est pas ça le bonheur
19:54
Le bonheur : c'est dans un cadre global. Tu vois ?
19:58
La vie de Kankan est une vie...
20:02
Comme la qualité de la ville hein :
une ville cosmopolite
20:05
Il y a de tous les horizons
20:07
à côté des mendiants
20:10
vous verrez des multimilliardaires
20:16
Donc une vie où, quand même dans cette symbiose
20:21
il y a l'inégalité qui est criante
20:25
Et... Je ne dirai pas l'inégalité sociale, non.
20:30
Mais : l'inégalité matérielle
20:36
on ne meurt pas de faim à Kankan !
20:38
Parce que la solidarité est là
20:55
Etant étudiant, j'allais fréquemment
dans la cité universitaire de Kankan
21:01
Les étudiants apparaissaient,
pour la population, comme des privilégiés
21:05
Ils avaient accès au courant
dans leur chambre de l'université
21:08
car celle-ci disposait d'un groupe
fonctionnant de 19h à 23h tous les jours.
21:13
De plus, ils percevaient un pécule :
21:16
une bourse versée par l'Etat
21:20
et leur permettant de vivre chaque mois,
tout au long de la durée de leurs études
21:28
Globalement, les étudiants sont-ils heureux ?
21:32
Non, pas totalement.
Je peux dire : non.
21:39
Et à l'université, comment ça se passe ?
21:42
Tu penses que les étudiants sont heureux ?
21:45
Bon... Les étudiants sont heureux, bon...
C'est ce que je dis, quoi : c'est relatif
21:49
Par rapport à d'autres, ils sont heureux.
21:51
Mais franchement, si nous prenons la vie quotidienne :
21:54
Le 1er bonheur de l'Homme, c'est la santé
21:57
Ils ont la santé, quand même.
21:59
Le 2ème : il faut avoir la nourriture
22:02
La liberté, tout ça c'est le bonheur.
22:03
Ils sont libres, ils sont en santé...
22:06
Et... Ils mangent, même si c'est un minimum vitale.
22:12
Mais quand même, les autres conditions...
Parler de bonheur des étudiants, bon...
22:18
C'est un peu péjoratif.
Mais ils vivent quand même quoi
22:21
Dans la "débrouillardise", il faut le dire ainsi
puisque la bourse que nous percevons
22:27
Si nous mangeons réellement,
cela ne peut pas faire la moitié du mois...
22:30
Actuellement, on nous donne 60 000 FG par mois
22:35
60 000 FG/mois pour ceux qui sont externes
et 58 500 FG/ mois pour ceux qui sont internes.
22:39
Imaginez : le plat de riz c'est 1000 FG actuellement
22:43
Si vous mangez 2 fois par jour,
ça vous fait combien ?
22:46
ça vous fait 60 000 FG pour 30 jours.
22:48
Là, vous n'avez pas encore le prix du savon
22:52
Il n'y a pas le petit-déjeuner...
22:54
Et il y a d'autres besoins...
22:56
Puisque l'Homme a aussi besoin de loisirs
22:59
Donc, ils vivent exactement de façon restreinte
23:07
TU vois nous, les restaurateurs, on a besoin
23:12
La 1ère chose : c'est du courant, d'abord.
23:15
La 2ème : c'est de l'eau.
23:17
Parfois, il n'y a pas d'eau à Kankan...
23:19
Tu ne peux pas aller prendre n'importe comment
de l'eau pour la donner à tes clients...
23:26
Bon, si y'avait le courant aussi...
23:32
Les sociétés pourraient oser venir...
23:35
Mais si y'a pas de lumière...
23:37
Parce que c'est 2 cas :
23:40
si y'avait le courant, bon...
23:43
ça sera entre le gouvernement maintenant, et
les sociétés qui viendront, si ils s'entendent...
23:49
Ils peuvent venir s'implanter...
23:53
Mais le soubassement, c'est le problème de courant.
23:57
Si y'a pas le courant, bon...
23:59
Rien ne peut être éclairci
24:02
Mais, quelle est l'importance du fleuve Milo,
dont vous parlez dans votre chanson ?
24:06
- Hé grand ! L'eau du Milo : Dieu merci !
- Mais on l'a entendu dans la chanson...
24:11
Furo, c'est ta parole ça. Explique ça au grand
24:13
Oui, tu dis vrai ! L'eau du Milo...
24:15
C'est vrai, j'avais oublié cette parole...
24:18
Si j'ai parlé de l'eau du fleuve dans cette chanson,
24:21
Comme le moment que nous vivons actuellement,
en ce moment (mars-avril) : Kankan est difficile.
24:24
Il n'y a pas d'eau à Kankan,
toutes les pompes hydrauliques sont coupées...
24:27
Il n'y a pas du tout d'eau en ville !
24:29
Mais heureusement : comme Dieu
a mit le fleuve Milo dans la chance de Kankan
24:33
Tout le monde va au fleuve Milo actuellement
24:36
Les gens se lavent là-bas...
Ils lavent leurs vêtements...
24:41
Tu peux y puiser de l'eau que tu utiliseras
pour les travaux domestiques...
24:43
Tu peux la prendre pour la ramener chez toi
24:45
Donc tout ça : c'est du bonheur à Kankan
24:47
Tu peux y nettoyer tes affaires
24:50
Voilà : tu peux amener ta vaisselle
pour la laver là-bas...
24:53
Les vêtements, on les prend pour les laver là-bas
24:56
Bon, y'a pas de courant...
24:58
Bon, il faut limiter ce que tu prépares la nuit
25:01
La nourriture prépar, il faut limiter.
25:04
Par exemple, si tu n'as pas eu de clients, et que ça passe la nuit : il faut le donner à manger aux gens
25:10
Parce que y'a pas là où garder
25:13
Parce que y'a pas de congélateur
25:16
Les congélateurs qu'on a là-bas, c'est juste pour mettre un peu du jus (sodas), garder un peu de choses quoi...
25:22
- Et puis ça marche pas toute la journée aussi
- ça marche pas toute la journée...
25:26
Tu as le courant combien d'heures par jour, avec la personne qui te fourni ?
25:31
Ah oui, c'est vrai : toi c'est un frigo à pétrole
25:34
Le frigo à pétrole, ça peut consommer en 24h...
25:37
au moins... Si tu calcules aujourd'hui : à 4 000 FG
25:40
- 4 000 FG toutes les 24 heures
- Ouais... Toutes les 24 heures...
25:43
Parce que on éteint pas quoi : c'est continu !
25:47
C'est continu quoi...
25:50
Bon, il faut calculer ça...
25:52
Il faut calculer que tu as un groupe à allumer
(pour le courant)
25:55
Il faut au moins 2 litres (d'essence)
25:57
Donc finalement, pour être restaurateur, il faut :
25:59
- un groupe électrogène pour faire son électricité
26:01
- Il faut un frigo, et il faut mettre le pétrole
26:05
- l'eau : t'as pas de robinet dans ton restaurant...
26:07
Parfois il y en a, mais c'est pas continu quoi...
26:10
Tu es obligé d'aller chercher à la pompe...
26:12
Et parfois, si il n'y en a pas :
tu n'arrives même pas à travailler...
26:16
Enfin, le problème le plus "chosé" (sérieux)
26:20
C'est le problème de courant...
26:23
L'eau et le courant, surtout
26:28
Cette période, là où nous sommes comme ça (mars) :
26:31
le problème d'eau s'impose beaucoup
26:34
Bon, au moment de la saison pluvieuse :
26:37
on a pas de problèmes d'eau
26:39
Au moment de la sécheresse :
26:41
il y a le problème qui évolue
26:44
Donc : tout ça c'est des problèmes
26:48
Surtout, au moment comme ça
26:51
au moment, on est au mois de mars comme ça
26:59
Même à Conakry, il y a eu des problèmes d'eau là-bas...
27:08
La pompe, quand ça vient le matin...
27:12
ça va pendant quelques heures...
27:14
Ou bien cela peut faire un jour, deux jours, sans venir...
27:18
Plusieurs jours même...
27:23
il se disait que la vie devenait difficile
27:27
Les étudiants vivaient difficilement
27:29
Les commerçants travaillaient, mais
ne voyaient pas de fruits à leur labeur...
27:35
Si la Guinée avait des difficultés
depuis de nombreuses années maintenant,
27:38
Les années 2003, 2004 et les suivantes
27:42
ont vu se réaliser une
impressionnante déflation de la monnaie du pays.
27:48
En 2003 : 1 euro s'échangeait contre 2000 FG
27:53
En 2005, ce même euro
s'échangeait maintenant contre 4 500 FG
27:59
Et ce taux augmenta jusqu'à donner plus de 8 000 FG en échange d'un euro.
28:07
ça veut dire : l'argent a augmenté, mais les marchandises que tu as, ça n'a pas augmenté..
28:12
Parce que, le prix des marchandises, ça augmente.
28:15
- ça augmente
- parfois ça double...
28:17
Bon, pour moi, l'argent a baissé...
Il n'a plus de valeur comme avant quoi...
28:21
Par exemple, le prix de la viande :
28:23
ça a augmenté de combien ces derniers mois ?
28:25
Ces derniers mois, ça a augmenté 3 fois...
28:30
On payait un kilo de viande à 4 500...
28:34
ça fait quelques mois...
Tout ce dont je vous parle, cela s'est passé en un an.
28:39
On payait 5 000 FG (pour 1 kilo de viande)
28:42
Et la viande que l'on dit ici sans "loches" (sans déchets)
28:47
- Sans loches ?
- Ouais...
28:49
Bon, ça c'était 5 000. Celle qui était mélangée (avec déchets), c'était 4 000 FG.
28:53
Maintenant, aujourd'hui tu vas au marché : ça a augmenté jusqu'à 8 000 FG...
28:59
7 500, 8 000... 8 000 FG
29:02
Malgré tout ça aussi, tu payes 8 000 FG : on ne peut pas te donner de la bonne viande !
29:07
Moi, par exemple : j'achète 20 kilos de viande
29:12
Tu as au moins 1,5 kilo à enlever et à jeter.
29:15
Parce que tu ne peux pas le donner à tes clients
29:20
Ce que l'on payait 500 FG avant,
c'est devenu 1000, 1500 FG maintenant...
29:25
Ce que l'on achetait 1000 FG avant,
on le paye désormais à 3000 FG...
29:28
C'est dans cette situation que nous sommes.
Même notre matériel : on le trouve difficilement
29:32
Pour faire une vente de 5000 FG,
tu feras une dépense de 4000 FG pour cela
29:36
Voilà ce que nous vivons...
29:38
(Note : un sac de 50 kg de riz coûte alors entre
125 000 et 130 000 Francs Guinéens)
29:42
Ils ne sont pas tellement heureux, à ce que je vois.
29:46
Si tu vas dans certaines familles, y'en a qui ne mangent qu'une seule fois par jour...
29:51
Et puis la qualité de la nourriture, là aussi...
29:53
Et puis avec... Le marché devient
de plus en plus méchant, de plus en plus dur
29:58
Avec la flambée des prix du carburant
30:03
Là, ça diminue le pouvoir d'achat des populations
30:07
Ouais, c'est-à-dire que le carburant
a augmenté il y a très peu de temps...
30:09
Il y a très peu de temps, et ça doit encore augmenter, d'après les rumeurs...
30:13
Cela ne va pas tarder quoi...
30:15
Donc, quand le carburant augmente :
même le prix des bonbons augmente...
30:20
Et puis les salaires sont intactes...
30:23
- Les salaires n'augmentent pas...
- les salaires n'augmentent pas, c'est ce qui fait mal...
30:27
Et puis c'est des augmentations parfois de 50%
30:29
50%, 60%... Et ça augmente aussi les dépenses familiales à 50%, est-ce que tu vois ?
30:36
Normalement, si on augmente le prix du carburant, on doit doubler le salaire des fonctionnaires, évidemment...
30:42
Mais ce n'est pas le cas
30:49
On ne meurt pas de faim à Kankan,
nous disait Namory Camara, car il y a la solidarité.
30:59
la solidarité était officiellement gérée par des organismes d'Etat
31:05
L'assurance chômage...
31:07
La caisse d'allocations familiales
31:11
Je me trouvais dans un pays dont l'organisme qui s'occupe de la solidarité :
31:15
c'est la famille, et non l'Etat
31:21
Bon y'a certains aussi...
En Afrique, ici : c'est comme ça quoi !
31:25
Bon, si tu as un peu : tu peux recevoir les petits frères...
31:29
Parfois les grands frères, les jeunes soeurs...
31:32
Ils peuvent venir à côté de toi...
31:34
Donc tu es obligé de faire certaines choses
31:38
Voyez ? C'est notre coutume quoi...
31:41
- Les vraies coutumes...
- Tu dois soutenir ceux qui viennent te demander...
31:44
Celui qui a eu le moins au début...
31:48
Il est obligé de soutenir les autres quoi...
31:50
Bon moi, sinon je peux dire :
j'ai ma femme, j'ai mes enfants, ça me suffit !
31:57
Il faut l'aider, parce que demain, c'est eux qui vont venir encore auprès de toi...Et tu sais pas comment.
32:02
Aujourd'hui : tu as...
Demain : tu sais pas comment ça va venir.
32:08
Alors Namory quand on a parlé de...
32:11
Quand on a parlé de votre participation à ce film,
32:13
on avait parlé d'une histoire de voiture qu'on voulait évoquer ensemble, dans ce film
32:18
Parce que ça nous paraissait être un point intéressant...
32:22
Oui, bon : c'est intéressant
32:24
Dans la mesure où, souvent, l'africain considère la voiture comme un luxe
32:31
Dans ces conditions, puisque les valeurs sociales - en Afrique - exigent que l'africain soit toujours utile
32:40
à son semblable, à son groupe...
32:43
Et depuis la famille nucléaire jusqu'à la famille élargie :
32:48
l'africain est condamné à être
au service de tout le monde !
32:52
de satisfaire - dans la mesure de ses possibilité - les besoins de chacun...
32:56
de chaque membre de la famille...
je dis bien : famille élargie comme famille nucléaire...
33:00
Alors pour ces raisons :
33:03
avoir une voiture, c'est être dans certaines conditions matérielles...
33:06
D'abord pouvant vous permettre de subvenir aux
multiples besoins des membres de la famille
33:17
Ou si, je ne sais pas, par chance...
33:20
Vous avez une voiture...
33:23
Comme ce fut mon cas...
33:25
Un ami me donne une voiture...
33:28
Enseignant que je suis, mon salaire...
33:31
ne peut pas me permettre de subvenir à 100% aux besoins de ma famille nucléaire
33:36
et à plus forte raison de ma famille élargie...
33:39
J'ai cette voiture : pour les membres de la famille,
33:41
quelqu'un qui a une voiture c'est quelqu'un qui est "dans les conditions", qui est nanti !
33:45
Donc : qui peut subvenir à n'importe quel besoin.
33:47
Et il n'est pas rare de voir des gens quitter la campagne
33:50
pour venir "derrière" leur parent
qui n'a qu'une vieille voiture...
33:55
Tout le temps en difficulté,
tout le temps au garage...
33:58
Pour dire : ah j'ai tel besoin, tel besoin...
33:59
Et si vous refusez, on dit : ah, il refuse !
34:02
Alors que, quelqu'un qui a une voiture, il ne peut pas ne pas avoir telle possibilité...
34:06
Alors que, le propriétaire de la voiture peut ne pas avoir même de quoi payer l'essence...
34:10
Et si il a des difficultés au garage ?
Des problèmes de pièces et tout ça...
34:13
Il n'arrive même pas à couvrir ses frais !
34:15
Alors c'est dire que, j'ai trouvé qu'il n'était pas nécessaire de continuer à...
34:22
Me promener dans une voiture,
faire le galant...
34:26
Alors que la poche est vide...
34:28
Et je ne suis même pas en mesure
de satisfaire à 80% mes problèmes...
34:34
Alors j'ai trouvé nécessaire donc de...
restituer la voiture.
34:38
Alors, un malinké peut supporter plusieurs personnes
34:44
Il se charge de tous ceux-ci quoi...
34:48
Donc, c'est pour ça que c'est pas facile d'évoluer...
34:51
D'avoir des économies...
34:55
Mon petit frère, ou bien mon cousin...
34:58
Non : il y a beaucoup de tels cas ici.
35:01
Bon... Si c'est en Europe : ah non !
35:08
On s'en occupe pas de tous les éléments comme ça,
35:17
Pour l'africain, une fois que vous êtes nommé Préfet...
35:19
Vous êtes nommé Ministre...
35:21
Mais : la famille danse !
On dit : ah mais attention, on est devenu patron !
35:27
Alors que dans les conditions normales,
le Préfet ne doit compter que sur son salaire.
35:31
Le ministre ne doit compter que sur son salaire...
35:34
Donc, avec le même traitement,
qu'il avait avant d'être Préfet
35:37
Le même traitement salarial qu'il avait avant d'être Préfet ou avant d'être Ministre
35:41
Dans ces conditions, il doit
être en mesure de "solutionner"...
35:46
Mais les problèmes vont se multiplier par 100
parce qu'il est devenu Ministre...
35:49
Au lieu de lui poser des problèmes qui doivent être résolus par 100 000 ou 200 000 FG
35:54
on viendra lui poser des problèmes
de 200 ou 300 millions
35:58
Alors qu'il gère un bien de...
36:04
De toute la communauté...
36:05
Il est obligé dans ces conditions de...
" Tirer " quelque part...
36:11
Donc, au lieu d'être content
de ces nouvelles fonctions...
36:17
Ces fonctions vous amènent des problèmes,
des problèmes à d'autres dimensions...
36:21
Ce qui amène souvent les responsables africains à faire des détournements de deniers publics
36:25
Parce que : plus vous vous élevez en fonction,
36:29
plus les problèmes de la famille augmentent en dimension extraordinaire...
36:34
- On vient se confier à vous, comme on dit ici.
- Voilà !
36:39
ça c'est un système qui, peut-être,
mériterait d'être mieux expliqué...
36:44
Dans ces conditions, vous verrez même
36:46
L'arrière fils de votre arrière grand-mère,
36:49
sa progéniture venir se déclarer :
36:52
" J'étais cousin à votre arrière... Mon arrière grand-père est le cousin de votre arrière grand-père...
36:59
Moi, je suis le fils de tel oncle, je suis..."
Bon, donc : automatiquement...
37:04
la famille élargie ne fera qu'augmenter de dimension...
37:08
Alors, tout cela vous amène à,
moralement, venir à leur secours...
37:15
Mais à partir de quoi ?
37:17
Donc, vous êtes, dans ces conditions, obligé de prendre quelque part pour ne pas - moralement - être poursuivi...
37:24
Parce que l'africain poursuit moralement
son semblable de n'avoir pas pu lui venir en aide
37:31
de n'avoir pas pu "solutionner" son problème...
37:33
Oui, bon... Par exemple :
37:35
Mon grand frère défunt,
il a laissé des enfants, bon...
37:39
Moi, tous ceux-ci étaient à ma charge...
37:42
Bon : y'a un autre grand frère à Conakry
37:45
Certains sont allés là-bas...
37:49
Bon, les filles : elles se sont mariées
37:54
Bon, alors il y avait deux garçons,
les deux garçons ont "transféré" à Conakry encore...
38:00
Ils sont allés chez mon grand frère
38:02
le second grand frère qui est à Conakry...
38:08
Alors, pour le moment, je suis avec ma femme
et mes quatre enfants...
38:17
Bon, vous voyez, des cas comme ça
bon on peut pas...
38:20
Mon grand frère de lait,
c'est avec lui que moi j'ai évolué aussi...
38:24
Je ne peux pas abandonner ses enfants !
38:37
Comment tu les soutiens ?
38:39
Bon c'est pour les aider à faire une maquette
(musicale)
38:42
Si ils ont besoin de certaines choses
38:44
- pour les aider...
- manger...
38:47
Oui, ils mangent...parfois si...
si y'a ça : il faut donner à manger
38:53
ou bien : j'ai des problèmes,
je suis malade, j'ai une petite ordonnance
38:57
Des trucs comme ça quoi...
C'est pas "tout"...
39:00
Mais ces petites choses, si ils viennent...
39:02
Si je peux, je les aide...
39:08
C'est très bien, si tu as
les moyens de les aider.
39:14
Donc, généralement, alors en Afrique :
c'est la solidarité quoi...
39:19
Oui, c'est la solidarité.
On aide, on mange ensemble...
39:24
On peut passer la nuit à trois
ou quatre personnes sur le même lit...
39:27
Ce n'est rien...
Est-ce que chez vous ça peut se faire ?
39:32
Ah bah...Je sais pas, non.
Pas de la même manière...
39:35
Ah, pas de la même manière quoi...
39:37
- Peut-être pas de la même manière, non.
- Ah ok...
39:40
ça va être difficile de recevoir des gens
pour les soutenir pendant une longue période...
39:45
ça peut se faire, mais de là à...
39:47
à soutenir les gens de ta famille peut-être
pendant deux, trois, quatre ans...
39:52
Ouais...ça c'est obligatoire, si "y'en a"
(si les moyens le permettent).
39:55
C'est obligatoire chez nous.
Parce que moi, j'ai huit personnes à côté de moi...
40:02
Ma maman est au village
40:04
Bon il faut l'aider encore là-bas...
40:08
Alors donc, la solidarité :
c'est le bonheur, ou...?
40:11
- C'est le bonheur !?
- C'est le sens de la vie pour l'africain.
40:14
- être solidaire avec ses prochains...
- Mais c'est difficile !
40:17
C'est difficile !
Il faut du courage
40:20
Il faut la ténacité pour la supporter
40:23
C'est difficile ! Extrêmement difficile !
Il faut avoir le dos large, il faut avoir l'esprit de pardon
40:27
Parce que tous les êtres n'ont pas les mêmes conduites
40:31
Tous les êtres n'ont pas les mêmes raisonnements
40:32
Il faut avoir le courage, il faut avoir le dos large
40:35
L'esprit de pardon régulièrement,
pour pouvoir rassembler...
40:39
Parce que, pour l'africain :
la force de l'unité est une force qui est à respecter...
40:48
Qui est respectée de tout le monde,
donc : une force respectable...
40:52
Donc, plus la désunion est là, plus la famille est déchirée, plus les éléments ne sont plus efficaces...
41:01
Parce que, de toutes les façons :
41:05
on se considère toujours de passage,
quand même, ici-bas
41:07
On est de passage...
41:09
Cent ans : la fin, c'est la mort.
Dix ans : c'est la mort la fin.
41:14
Donc mieux vaut mourir dans ces conditions
41:17
Avec la conscience tranquille d'avoir rendu, dans la mesure de ses possibilités, les services à son entourage
41:26
les services à sa famille,
aussi bien nucléaire qu'élargie,
41:30
Les services à l'humanité,
les services à la société